Le lever du Soleil sur la Terre d'Egypte :
une recréation au quotidien


La notion de butte primordiale

Cette dernière expression n'est pas sans rappeler la butte primordiale au sommet de laquelle le dieu Soleil dut se hisser, au premier jour de la création du monde, ce premier élément organisé apparu à la surface d'un formidable réservoir d'énergie créatrice, le Noun. Comme au premier jour, le disque solaire apparaît chaque matin reposer sur un tertre, une butte émergeant à peine des eaux qu'il créa de lui-même (20) - sans doute cette lumière teintant de rouge l'horizon oriental.

Telle une coquille d'oeuf, sa boule d'argile désormais éclose symbolise la butte sur laquelle le Soleil s'appuie pour naître au petit matin, cet ilôt de terre que certains Textes des Pyramides situent dans l'entrecuisse de Nout, lieu de naissance par excellence du Soleil : "Entre les cuisses de la déesse Nout se trouve un ilôt de terre vers lequel le défunt justifié doit nager" (PT 1188).

L'image de cette butte primordiale émergeant d'un océan d'énergie inerte, de ces eaux du Noun, semble provenir de la vision, chaque année renouvelée, de l'émergence de quelques tertres à la surface du Nil en crue. Sur ces tertres furent symboliquement érigés les monuments sacrés qui, aujourd'hui encore, font la splendeur de l'Egypte. Ces édifices que sont pyramides, obélisques et temples constituent en quelque sorte le témoignage vivant de ce qui fut créé, organisé, structuré, à partir du non-être, à partir de cet océan d'énergie informe et inerte qu'est le Noun.


Du Nil en crue émergent les édifices égyptiens, parmi lesquels les pyramides de Gizeh
(photographie prise avant 1936, publiée dans "Le Mystère des Pyramides" de Jean Philippe Lauer).

20. Voir Com. Col. I, lignes 40 à 42.

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