Histoire de la radioactivité :
la radioactivité naturelle : un pas vers le nucléaire



La découverte de la radioactivité naturelle (7/8)

En marge de ces formidables découvertes, Marie Curie poursuit son travail de séparation du radium : elle enrichit toujours plus le chlorure de baryum radifère dont elle dispose de chlorure de radium. La mesure de la radioactivité du produit obtenu et de l'intensité de la raie spectrale du radioélément recherché la guident sur le chemin de la purification. Un chemin dont elle parviendra au terme en l'an 1902 : la quantité de baryum contenue dans l'échantillon obtenu (1 décigramme de chlorure de radium) est suffisamment faible alors pour ne pas influer sur la détermination du poids atomique du radium. Un poids, ou plutôt une masse, que Marie estime à 225 +/- 1. La valeur actuellement admise est 226.

Ce nouvel élément chimique dont elle vient de démontrer l'existence apparaîtra désormais aux côtés du baryum, dans la deuxième colonne de la classification périodique des éléments initiée, quelques années auparavant, par Dimitri Ivanovitch Mendeleiev. Cette "victoire" scientifique constituera le point d'orgue de sa thèse de doctorat soutenue le 25 juin 1903 à l'Université de la Sorbonne, sous l'intitulé "Recherches sur les substances radioactives". Un mémoire dont elle voulut faire rien moins que la synthèse des connaissances accumulées sur le sujet en moins de cinq années. Un mémoire en conclusion duquel elle n'omit pas de préciser : "Nos recherches sur les substances radioactives nouvelles ont donné lieu à un mouvement scientifique, et ont été le point de départ de nombreux travaux relatifs à la recherche de substances radioactives nouvelles et à l'étude du rayonnement des substances radioactives connues".

Détermination du poids
atomique du radium


"En reconnaissance des services extraordinaires qu'ils ont rendus par leur travail commun sur les phénomènes de rayonnement découverts par le professeur Henri Becquerel", Pierre et Marie Curie se verront décerner, conjointement avec Henri Becquerel récompensé, lui, pour "la découverte de la radioactivité spontanée", le prix Nobel de physique de 1903. Longtemps différée pour des raisons de santé et de calendrier, la remise de ce prix eut finalement lieu à Stockholm le 6 juin 1905. Elle s'accompagna d'un long discours de Pierre Curie sur le développement et les applications possibles de la radioactivité. Un discours qui s'acheva sur ces quelques phrases pour le moins prémonitoires : "On peut concevoir encore que dans des mains criminelles le radium puisse devenir très dangereux, et ici on peut se demander si l'humanité a avantage à connaître les secrets de la nature, si elle est mûre pour en profiter ou si cette connaissance ne lui sera pas nuisible. L'exemple des découvertes de Nobel est caractéristique, les explosifs puissants ont permis aux hommes de faire des travaux admirables. Ils sont aussi un moyen terrible de destruction entre les mains de grands criminels qui entraînent les peuples vers la guerre. Je suis de ceux qui pensent avec Nobel que l'humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles".

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