L'engagement des scientifiques pour la paix (3/3)
Cette prise de position pour le moins radicale vaudra à Frédéric Joliot d'être révoqué de son poste de Haut Commissaire à l'Energie Atomique, le 26 avril 1950. Francis Perrin lui succèdera. Pierre Guillaumat, récemment nommé administrateur général, engagera alors le CEA sur la voie de la production de plutonium. C'est qu'aucune voix ne s'opposait plus dès lors au développement du programme atomique français, en effet, Irène Curie n'ayant pas même obtenu le renouvellement de son mandat de Commissaire à l'Energie Atomique.
Bien que remisés dans leurs laboratoires respectifs, Irène et Frédéric n'abandonnent pas leur combat en faveur du désarmement nucléaire. En compagnie de neuf autres scientifiques, ils signent l'Appel Einstein - Russel pour la paix. Cet appel aboutira à la tenue, en juillet 1957, de la première conférence Pugwash au Canada. Une conférence qui réunira des responsables scientifiques des deux blocs antagonistes et recommandera l'arrêt prochain des essais nucléaires. Malheureusement, l'arme atomique conférait aux pays qui s'en dotaient une certaine puissance, une certaine "respectabilité" au plan international. Cet arrêt scientifique n'eut donc qu'une portée très limitée.
Après les Etats Unis (1954) et la Russie (1955), la Grande-Bretagne (1957), la France (1960) et la Chine (1964) procédèrent à des essais nucléaires. Au milieu des années soixante, la totalité des membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies disposait ainsi d'une ou plusieurs bombes H (bombes à hydrogène) en parfait état de fonctionnement. Pire encore, ces puissances nucléaires exportèrent leur savoir-faire vers des pays tiers. Ainsi la France aida-t-elle Israël à se doter de l'arme nucléaire ; la Chine et l'Inde, le Pakistan. A l'heure actuelle, tant l'Iran que la Corée du Nord détiennent les secrets de fabrication de l'arme nucléaire. Les inspections menées en territoire irakien à la fin de la Première Guerre du Golfe apportèrent d'ailleurs la preuve que l'Irak avait lancé un programme de fabrication d'armes nucléaires.
Face à cette nucléarisation croissante, la signature de divers traités internationaux, tels le Traité de Non Prolifération Nucléaire, par un nombre toujours croissant de nations, n'eut qu'une portée très limitée. C'est que les pays du monde entier demeurent libres de ne pas adhérer à sa charte, en effet. Une charte assignant les nations non encore nucléarisées à ne pas se doter de l'arme en question ; une charte demandant aux pays déjà nucléarisés de ne pas transférer leur technologie à des pays tiers. Une agence de l'ONU, l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique, est d'ailleurs chargée de s'assurer que les technologies nucléaires ne sont transférées qu'à des fins civiles, en aucun cas militaires. L'explosion nucléaire indienne de 1974, réalisée grâce à un réacteur de recherche originaire du Canada, a toutefois prouvé qu'un réacteur civil était parfaitement en mesure de fabriquer le plutonium nécessaire à la réalisation d'une bombe.
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