Histoire de la radioactivité :
la radioactivité naturelle : un pas vers le nucléaire



L'engagement des scientifiques pour la paix (2/3)

Progressivement, le programme atomique français se met en place : les laboratoires du CEA sont installés au Sud-Ouest de Paris, la prospection de minerais s'intensifie, ... Le 15 décembre 1948, l'équipe de Lew Kowarski parvient à faire fonctionner la première pile atomique française : la pile ZOE, dont oxyde d'uranium et eau lourde constituent les ingrédients principaux. En novembre 1949 est isolé le premier milligramme de plutonium français. A cette même époque débutent les travaux de construction des locaux qui, bientôt, abriteront un générateur Van de Graaf et un cyclotron.

Tout en développant son programme atomique et en prenant part aux travaux de la Commission de l'énergie atomique des Nations Unies, la France déclare, en juillet 1946, "sa volonté de ne pas entreprendre la construction d'armes fondées sur l'énergie nucléaire". Parallèlement, une commission de scientifiques américains publie le rapport Lilienthal préconisant le contrôle international des installations et l'arrêt de la fabrication d'armes atomiques. Un rapport que le délégué américain aux Nations Unies amendera, estimant que les propositions qu'il contient ne sont pas en mesure d'assurer la sécurité des Etats Unis. Le délégué soviétique requiert alors l'interdiction immédiate des armes nucléaires. En vain. Les Etats Unis entament, dès 1946, une série d'essais dans les atolls du Pacifique. Des essais qui ne laisseront pas l'opinion publique indifférente, cette fois. Ni les scientifiques de l'époque, d'ailleurs, à commencer par Frédéric Joliot. C'est que ce dernier, au même titre que ses collègues, se sent particulièrement responsable des applications de ses découvertes, en effet. Ensemble, ils décident donc de créer, dès 1946, la Fédération Mondiale des Travailleurs Scientifiques (FMTS), une fédération dont Frédéric Joliot deviendra le premier président, une fédération dont le préambule des statuts souligne que "les scientifiques doivent et peuvent jouer un rôle particulier pour la cause de la paix mondiale et l'amélioration du bien-être humain". Les scientifiques soviétiques s'y joindront, à compter de 1951.

Entre-temps, la situation internationale s'est nettement dégradée. La Guerre Froide s'est installée, marquée, en 1948, par le blocus de Berlin et la mise en place d'un tunnel aérien ; en 1950, par le début de la guerre de Corée. L'attitude des deux blocs antagonistes laisse entrevoir l'imminence d'une Troisième Guerre Mondiale. Parallèlement, un mouvement pour la paix se dessine. La tenue d'un congrès mondial pour la paix à Stockholm en 1950 est l'occasion, pour Frédéric Joliot, de lancer son fameux appel de Stockholm : "Nous exigeons l'interdiction absolue de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination massive des populations. Nous exigeons l'établissement d'un rigoureux contrôle international pour assurer l'application de cette mesure d'interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n'importe quel pays, l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel". Ils seront des dizaines de millions à le faire.

La colombe, symbole du mouvement
pour la paix qui s'instaure après
la seconde guerre mondiale.

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