Histoire de la radioactivité :
la radioactivité naturelle : un pas vers le nucléaire



L'engagement des scientifiques pour la paix (1/3)

Trop soulagée de voir la Seconde Guerre Mondiale enfin s'achever, la population dans son ensemble se garde bien de porter un quelconque jugement moral sur l'utilisation de l'arme nucléaire. Frédéric Joliot lui-même rappelle, dans une note diffusée par le CNRS qu'il dirige, réorganise et dont il définit les nouvelles orientations, le rôle joué par les chercheurs français dans l'acquisition des connaissances en ce domaine et le développement de la technologie associée. Il se dit par ailleurs "convaincu que, en dépit des sentiments provoqués par l'application de l'énergie atomique à des fins destructrices, celle-ci rendra aux hommes dans la paix des services inestimables".

En ce lendemain de guerre se constituent deux blocs antagonistes toutefois : l'un anglo-américain, l'autre soviétique. Le premier dispose d'un avantage conséquent sur le second : le monopole de l'arme nucléaire. Il n'est donc nullement question pour les Alliés d'hier d'aider la France à se doter de son propre programme atomique. Pressé par l'opinion publique et les responsables politiques, Charles de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire, charge donc Frédéric Joliot, qu'il conforte dans ses fonctions de directeur du CNRS, et Pierre Auger, qu'il nomme directeur de l'enseignement supérieur, de constituer un organisme entièrement voué à la recherche en ce domaine. Ce sera le Centre d'Etudes Atomiques (CEA), placé sous l'autorité du chef du gouvernement, dont Frédéric Joliot, Pierre Auger, Irène Curie et Francis Perrin seront nommés les responsables, le 3 janvier 1946.

Mener à bien le programme atomique français suppose de rassembler les résultats obtenus par l'équipe du Collège de France en 1939-40, de rapatrier l'oxyde d'uranium du Maroc, d'élargir le stock français d'eau lourde, de synthétiser les connaissances acquises par les physiciens français de retour du Canada (Lew Kowarski, Jean Guéron et Bertrand Goldschmidt) ; enfin, d'étudier le contenu du rapport Smyth, précisant les conditions de réalisation du projet Manhattan.

A la lecture de ce rapport, il apparut que la bombe atomique lancée par les Américains sur la ville d'Hiroshima utilisait la fission de l'uranium 235 par des neutrons rapides. Celle lancée sur la ville de Nagasaki, la fission du plutonium 239 par ces mêmes neutrons. Le plutonium 239 constitue, au même titre que le neptunium 239, l'americium 241 ou bien encore le curium 242, l'un de ces éléments transuraniens - plus lourds que l'uranium 238, donc - créés artificiellement, pendant la guerre, par des chercheurs américains de l'Université de Berkeley. L'existence du neptunium 239 fut pour la première fois mise en évidence lors du bombardement de l'uranium 238 par des neutrons. En remplaçant ce flux de neutrons par des deutons, les physiciens américains produisirent du neptunium 238 et du plutonium 239. En soumettant ce plutonium 239 à un bombardement de neutrons, ils parvinrent à créer de l'américium 241 ; en le soumettant à un bombardement de particules a de 32 Mev, du curium 242.



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