De la fission nucléaire à la réaction en chaîne divergente (4/4)
Cette mise en commun de compétences se traduisit par la mise en route, au cours de l'hiver 1941-42, du cyclotron du Collège de France - et donc la production de faisceaux de deutons de 6,7 Mev, ces noyaux constitués d'un proton et d'un neutron. De nouveaux radioéléments furent ainsi créés artificiellement, tels le noyau de praséodyme, et des neutrons énergétiques produits par le bombardement de béryllium. En compagnie d'Irène, Frédéric étudie la fission de l'ionium ou thorium 230, le père du radium. Il reprend ses recherches sur les applications biologiques et médicales de la radioactivité. Il donne de nombreuses conférences scientifiques, établit de nouveaux contacts avec les milieux industriels. En un mot, il travaille pour l'avenir, pour l'après-guerre. En 1943, il entre à l'Académie des Sciences, puis à l'Académie de médecine, ce qui lui confère un poids important dans le milieu scientifique français.
Début 1944, la situation se durcit. De nombreuses arrestations ont lieu dans le milieu universitaire. Frédéric abandonne toujours plus ses activités de recherche fondamentale au profit de ses activités clandestines. Le 6 juin, le réseau auquel il appartient fait passer la frontière suisse à Irène et leurs deux enfants. Le 20 août, le secrétaire général à l'Education Nationale le nomme directeur du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Le 24 août, l'avant-garde du Général Leclerc entre dans Paris. Le 25 août, la mission américaine de renseignements Alsos, qui a infiltré la deuxième division blindée, l'interroge sur l'état d'avancement des travaux allemands en matière atomique. Frédéric avoue son ignorance. Tout comme il ignore l'état d'avancement des recherches des scientifiques allemands, il ignore tout du projet Manhattan... ce projet réunissant scientifiques américains, canadiens et britanniques, et visant à réaliser la toute première bombe atomique.
Outre Atlantique, les travaux avaient notablement progressé, en effet. Et ce, grâce notamment à Albert Einstein, qui, dès 1939, était parvenu à attirer l'attention du Président Théodore Roosevelt sur les applications possibles de la fission nucléaire, et l'avait convaincu de la nécessité d'intensifier les travaux sur le sujet. C'est que la menace du nazisme se faisait grandissante, en effet. Bientôt, l'Europe toute entière serait sous le joug d'Hitler. Il faudra toutefois attendre l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, pour voir l'effort de guerre américain nettement s'intensifier. |