Histoire de la radioactivité :
la radioactivité naturelle : un pas vers le nucléaire



De la fission nucléaire à la réaction en chaîne divergente (3/4)

En dépit de la guerre, Frédéric Joliot souhaite poursuivre ses expériences sur la fission nucléaire. Au mois de février-mars 1940, les autorités militaires françaises lui apporteront l'aide nécessaire à rapatrier, en France, l'intégralité du stock norvégien d'eau lourde - ce mélange d'oxygène et de deutérium bien plus apte à ralentir les neutrons produits par la fission de l'uranium 235, indispensable donc à produire une réaction en chaîne divergente. Dans son laboratoire de l'université de Columbia puis de Chicago, Enrico Fermi choisira quant à lui le carbone pur, soit le graphite, comme modérateur.

Depuis le 1er septembre 1939, et pour d'évidentes raisons de sécurité, les résultats des expériences menées sur les réactions en chaîne n'étaient plus publiés. A compter du printemps 1940, les travaux sur le sujet devront cesser. En juin 1940, soit peu avant que la Wehrmacht n'entre dans Paris, Frédéric et Irène Joliot prendront la route de l'exode, avec pour seuls bagages (ou presque) les appareils et substances précieuses de leurs laboratoires respectifs. Le gramme de radium de Marie Curie sera ainsi déposé à proximité de Périgueux, le stock d'eau lourde acheminé en Angleterre par Hans von Halban et Lew Kowarski ; les cinq tonnes d'oxyde d'urane enfin, expédiés au Maroc.

Ces quelques précautions n'auront pas été inutiles, les officiers allemands manifestant un vif intérêt pour leurs travaux sur la fission nucléaire. Dès leur arrivée dans la capitale, ils visiteront ainsi l'Institut du Radium, placeront le laboratoire de synthèse atomique d'Ivry sous séquestre, et installeront une équipe de scientifiques allemands dans le laboratoire de chimie nucléaire du Collège de France.

La route de l'exode

A la tête de cette équipe se trouve Wolfgang Gentner, un ancien collaborateur de Frédéric Joliot, auquel ce dernier pense pouvoir faire confiance. L'avenir lui donnera raison : le chercheur allemand interviendra à maintes reprises auprès des autorités militaires de son pays en faveur de la libération de scientifiques français dont Paul Langevin, et fermera les yeux sur son active participation au mouvement de Résistance. Fort du soutien de Wolfgang Gentner, Frédéric reprend donc ses fonctions de directeur de laboratoire. Pour autant, il ne souhaite pas que les travaux entrepris en commun aient un caractère autre que scientifique. Il garde donc secrets les lieux de stockage de l'uranium et de l'eau lourde acquis par la France avant la guerre.

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