Fraîchement émigré à Princeton, aux Etats-Unis, Niels Bohr nota que l'énergie d'excitation apportée par un neutron lent au noyau cible est d'autant plus grande que le noyau cible comporte un nombre impair de neutrons. Ainsi, l'énergie apportée par un neutron lent à un noyau d'uranium 235, cet isotope rare de l'uranium 238, est-elle supérieure à celle apportée par ce même neutron au noyau d'uranium 238. Il s'ensuit que l'uranium 238 ne pourra fissionner qu'avec des neutrons rapides.
En compagnie de John A. Wheeler, Niels Bohr développe une théorie quantitative de la fission nucléaire. Ensemble, ils calculent, sur la base du modèle de la goutte liquide, les déformations que subit un noyau lourd sous l'effet d'un apport d'énergie externe, puis déterminent l'énergie nécessaire à provoquer la fission du noyau. L'intensité des forces de répulsion coulombiennes augmentant proportionnellement au nombre de protons contenus dans le noyau, la probabilité qu'une telle réaction se produise augmente logiquement avec le numéro atomique Z. Ainsi la fission de l'uranium 238 requiert-elle un apport d'énergie inférieur à la fission du thorium 232. |