La découverte de la radioactivité artificielle (5/6)
Les télégrammes de félicitations affluèrent rapidement du monde entier : de Cambridge, de Zurich, de Rome, de Berkeley, ... où travaillaient Ernest Rutherford et John Douglas Cockroft, Wolfgang Pauli, Enrico Fermi, Ernest Orlando Lawrence, ... C'est que la découverte que venaient de faire Frédéric et Irène Joliot était de taille, en effet. Elle ouvrait les portes d'un monde nouveau. Elle rendait possible la fabrication de nouveaux radioéléments à partir de substances stables préalablement soumises au bombardement de divers corpuscules de matière : protons, neutrons, ... de grande énergie. Des radioéléments que l'on qualifia d'artificiels, en référence à leur mode de création. Des radioéléments qui, en réalité, sont tout aussi naturels que ceux découverts, quelques trente-cinq années auparavant, par Henri Becquerel et Pierre et Marie Curie. S'ils n'existent plus aujourd'hui à l'état naturel, c'est tout simplement parce que leur période de décroissance radioactive est relativement courte - nettement inférieure en tout cas à celle des radioéléments naturels et de leurs descendants qui ont traversé les ères géologiques depuis l'époque de leur formation. Citons, à titre d'exemple, le cas de l'uranium 238, dont la période est égale à 4,5 milliards d'années. Ce radioélément naturel continue donc, aujourd'hui encore, de produire l'uranium 234, le thorium 230, le radium 226, le polonium 210, ... (Voir la famille radioactive de l'uranium). De même, le thorium 232, l'uranium 235 et le neptunium 237, sont-ils toujours sources de radioéléments secondaires. Tous ces radioéléments naturels ne constituent pour autant qu'un cas particulier d'isotopes radioactifs. De ces radio-isotopes qui seront découverts par dizaines dans les années qui suivront la toute première synthèse artificielle.
Pour cette synthèse réussie de nouveaux éléments radioactifs, Frédéric Joliot et Irène Joliot-Curie recevront le prix Nobel de chimie de 1935 - James Chadwick se verra quant à lui décerner celui de physique pour sa découverte du neutron. La conférence Nobel qui s'ensuivra sera l'occasion pour Frédéric Joliot de prononcer ces quelques phrases pour le moins prémonitoires : "Si, tournés vers le passé, nous jetons un regard sur les progrès accomplis par la science à une allure toujours croissante, nous sommes en droit de penser que les chercheurs construisant ou brisant les éléments à volonté sauront réaliser des transmutations à caractère explosif, véritables réactions chimiques en chaîne. Si de telles transmutations arrivent à se propager dans la matière, on peut concevoir l'énorme libération d'énergie utilisable qui aura lieu. Mais hélas, si la contagion a lieu pour tous les éléments de notre planète, nous devons prévoir avec appréhension les conséquences du déclenchement d'un pareil cataclysme. Les astronomes observent parfois qu'une étoile d'éclat médiocre augmente brusquement de grandeur, une étoile invisible à l'oeil nu peut devenir très brillante et visible sans instrument, c'est l'apparition d'une Nova. Ce brusque embrasement de l'étoile est peut-être provoqué par ces transmutations à caractère explosif, processus que les chercheurs s'efforceront sans doute de réaliser, en prenant, nous l'espérons, les précautions nécessaires".
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