L'orientation astronomique des pyramides d'Egypte


L'hypothèse d'une orientation "bissectorielle" (1/2)

Qu'en est-il de l'hypothèse bissectorielle formulée, quelques décennies plus tard, par deux égyptologues de renom, Somers Clarke et R. Engelbach (16) ? Fournit-elle des résultats davantage conformes à la réalité mesurée ?

Cette hypothèse repose sur un principe simple : les positions de lever et de coucher d'une même étoile à l'horizon sont, par définition, symétriques l'une de l'autre. Aussi la visée de ces points remarquables permet-elle la définition d'un secteur angulaire, dont la bissectrice n'est autre que l'axe nord-sud. Afin de s'affranchir des irrégularités des contours de l'horizon terrestre, sources d'erreurs potentielles, le célèbre égyptologue britannique I.E.S Edwards suggéra la construction d'un "mur circulaire de faible diamètre sur la base d'édification de chaque future pyramide royale. La hauteur de ce mur aurait été calculée de manière à restreindre le champ de vision de toute personne se trouvant à l'intérieur de ce cercle à la voûte céleste, sans pour autant excéder une hauteur d'homme. Sur la totalité de sa circonférence supérieure, le mur aurait dû être parfaitement plan : condition que l'adjonction d'eau sur la surface supérieure aurait naturellement remplie" (17).



La projection au sol des positions d'apparition (A) et de disparition (D) d'un même objet céleste à la surface d'un horizon artificiel définit un secteur angulaire aOd, dont la ligne bissectrice indique précisément la direction du Nord.

L'observation aurait alors été conduite par deux personnes se tenant à l'intérieur de ce cercle : l'une, munie d'un bay, cette branche de palmier dont l'extrémité supérieure était incisée en forme de V ; l'autre, d'un fil à plomb ou merkhet, littéralement "instrument de connaissance" (18). Le second aurait reçu les directives du premier. En direction de l'est, soit à l'endroit précis auquel l'étoile visée fait son apparition au-dessus du mur, aurait ainsi été disposé un premier merkhet ; en direction de l'ouest aurait été répétée, quelques heures plus tard, alors que l'étoile s'apprêtait à disparaître sous la surface de cet horizon artificiel, la même opération. Aurait ainsi été obtenu un secteur angulaire dont la bissectrice aurait précisément indiqué la direction de l'axe nord-sud - précision que les variations de coordonnées célestes dues à la précession des équinoxes n'auraient pas même modifiée.

16. Clarke, Somers et Engelbach, R., "Ancient egyptian masonry. The building craft", Oxford, 1930, page 63 - référence citée par Jean-Philippe Lauer dans son ouvrage intitulé "Le mystère des pyramides", Editions Presses de la Cité, 1988, pages 227-228.
17. Edwards, I.E.S, "The pyramids of Egypt", Penguin Books, 1993, pages 250-251.
18. Ces instruments de mesure ont été identifiés pour la première fois par Ludwig Borchard : "Ein Altägyptisches astronomisches Instrument", ZAS 37, 1899, pages 10-17. Leur existence est attestée par divers textes égyptiens postérieurs à la XVIIème dynastie. Certains de ces textes stipulent leur utilisation dans le cadre de cérémonies de fondation de temples tardifs. Ainsi, une inscription gravée sur les parois du temple d'Edfou stipule-t-elle que le roi "prend le piquet et tient le manche du maillet. Il tient la corde étalonnée avec Seshat". Un fragment de relief trouvé dans le temple solaire de Néouserrê (Vème dynastie) fait allusion à de semblables cérémonies s'étant déroulées sous l'Ancien Empire : il montre le roi et une prêtresse incarnant la déesse Seshat tenant chacun un maillet et un piquet auquel la corde étalonnée est attachée. L'antériorité du bay et du merkhet est donc parfaitement envisageable. Cette hypothèse est reprise par Jean-Philippe Lauer dans "Le mystère des pyramides", Editions Presses de la Cité, 1988, page 227 et I.E.S. Edwards dans "The pyramids of Egypt", Penguin Books, 1993, pages 248-249.

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