L'orientation astronomique des pyramides d'Egypte


Introduction (2/3)
Pour cette raison sans doute, nombre d'hypothèses orientationnelles ont été avancées, ces cent dernières années, par les égyptologues et les astronomes du monde entier. Des hypothèses de nature astronomique, reposant pour certaines sur l'observation des positions de lever et/ou de coucher des astres (hypothèse d'une orientation bissectorielle ou équatoriale) ; pour d'autres, sur l'observation des positions de culmination d'étoiles circumpolaires (hypothèse d'une orientation polaire ou des transits simultanés). Si l'hypothèse d'une orientation équatoriale semble fournir une explication simple de la réalité mesurée, celle des transits simultanés, pourtant beaucoup plus complexe à expérimenter, séduit davantage la communauté égyptologique. La raison en est simple : divers bas-reliefs datant du Nouvel Empire et de l'Epoque Ptolémaïque montrent Pharaon et la déesse Seshat procédant, dans le cadre de la cérémonie d'extension du cordeau, à l'orientation d'édifices sacrés, en suivant le mouvement de Meskhetiu (, dét. , MsXtyw) - la Grande Ourse : "J'ai saisi les piquets en même temps que le manche du maillet. Je prends la corde de mesure avec Seshat. J'examine le mouvement constant des étoiles. Mon regard est tourné sur la constellation de la Cuisse de Taureau. Je mesure le temps qui passe, surtout l'horloge, et j'établis les angles du temple", déclare Pharaon sur l'un des murs du temple d'Horus à Edfou. "Observant la course des étoiles se levant dans le ciel, reconnaissant la constellation de la Cuisse de Taureau, j'établis les angles du temple de Sa Majesté", déclare-t-il sur l'une des parois du temple d'Hathor à Dendérah (11).

Sur l'une des parois de sa
chapelle à Karnak, la reine
Hatchepsout procède, en
compagnie de la déesse Seshat,
à l'extension du cordeau.

L'une et l'autre déclarations ne désignent pas explicitement la constellation de la Grande Ourse comme source d'orientation du temple. Elles la désignent comme objet d'observation, au même titre que les autres étoiles peuplant le ciel nocturne. A la différence des autres étoiles toutefois, la notion de temps semble lui être attachée, suggérant par la même l'existence d'une étroite relation entre la position occupée par la constellation de la Grande Ourse dans le ciel nord et l'instant auquel Pharaon et Seshat procédaient à l'extension du cordeau.

Un fragment de bas-relief trouvé dans le temple solaire de Néouserrê (Vème dynastie) fait allusion à de semblables cérémonies s'étant déroulées sous l'Ancien Empire : il montre le roi et une prêtresse incarnant la déesse Seshat tenant chacun un maillet et un piquet auquel la corde étalonnée est attachée. Un passage du Livre des Fondations semble par ailleurs attribuer l'invention de la cérémonie de l'extension du cordeau à Imhotep, l'architecte du pharaon Djoser. Enfin, un fragment de la Pierre de Palerme datée de l'Ancien Empire mentionnerait également cette cérémonie (12). Son ancienneté paraît donc avérée. Pour autant, une telle cérémonie préludait-elle à l'édification des pyramides de l'Ancien Empire ? Un lien peut-il être établi entre les écarts à l'alignement cardinal relevés sur les onze pyramides de notre échantillon et l'une des configurations possibles de la Grande Ourse ?

11. Krupp, Edwin C., "The astronomy of lost civilizations : Echoes of the Ancient Skies", Oxford University Press, 1983, pages 24-26.
12. Belmonte, Juan Antonio, "On the orientation of Egyptian Pyramids", Archaeoastronomy n°26, JHA XXXII, 2001, pages S1-S20.

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