A la lueur de diverses sources paléo-anthropologiques, l'Homme serait apparu sur Terre il y a environ quatre millions d'années. Quatre millions d'années durant lesquelles ses aptitudes physiques et intellectuelles ne cessèrent d'évoluer, modifiant par là-même son rapport aux autres et à l'environnement extérieur (développement des techniques de chasse, de pêche, de construction, colonisation de nouveaux espaces). A ses facultés de mémorisation, de reproduction et d'invention dont témoignent nombre de vestiges archéologiques disséminés sur le continent africain (ossements, outils de pierre polie et taillée, ...) se superposa, quelques cent mille ans avant notre ère, sa capacité à communiquer par voie orale. Le langage articulé était né, qui le différencierait à tout jamais des autres espèces peuplant notre planète. S'ensuivirent diverses formes d'expression artistique (pétroglyphes, peintures rupestres, sculptures, ...) dont l'ordonnancement aboutit à la constitution des tous premiers systèmes d'écriture (hiéroglyphique, cunéiforme, ...) indispensables à administrer un pays, une nation, à narrer mythes et légendes, à perpétuer les croyances d'un peuple. Des systèmes qui tous empruntaient leurs sigles à la Nature environnante (aux règnes végétal, animal et humain) et à la vie quotidienne (éléments de construction, d'habitation, objets de culte, instruments de musique, ...). Ainsi, l'art de les représenter à des fins littéraires, comptables ou cultuelles résultait-elle d'un long et patient travail d'observation.
L'observation : voila bien la première étape du long chemin menant à la connaissance de l'Homme et de la Nature environnante. Une étape indispensable, aujourd'hui encore, à tout chercheur en sciences humaines ou exactes, dont s'ensuit l'analyse des données recueillies à l'aide d'outils de plus en plus perfectionnés (télescopes, ordinateurs, ...) ; enfin, leur confrontation avec les modèles existants, voire l'établissement de nouveaux modèles censés fournir une explication toujours plus proche de la réalité observée. Les tous premiers modèles furent d'essence artistique et littéraire : il s'agissait de gravures, de peintures, de textes relatifs à la création de l'univers, au mouvement des astres le peuplant, ... A ces questions fondamentales, les penseurs hellènes apportèrent une réponse géométrique, introduisant la notion d'atomes crochus, construisant des modèles d'univers géocentrique et héliocentrique, ... Les érudits Arabes, quant à eux, créérent les outils statistiques nécessaires à déterminer le nombre de configurations possibles d'un système donné - le nombre de mots que pouvait contenir leur langue, en l'occurrence. Les probabilités étaient nées, qui bientôt constitueraient le fondement de la science moderne (mécanique quantique, physique statistique, ...). Une science probabiliste qui, pour avancer, se doit d'examiner chacune des hypothèses envisageables, leur attribuant un certain degré de probabilité.
Dans cette diversité d'options envisagées réside précisément la richesse de l'indéterminisme scientifique ... et peut-être la clé d'une meilleure collaboration entre chercheurs des sciences humaines et chercheurs des sciences exactes. Prenons l'exemple de l'astro-égyptologie, cette discipline scientifique visant à étudier l'orientation et le contenu astronomiques des vestiges architecturaux, textuels et pariétaux datant de l'Egypte ancienne. Les astronomes sont capables de réaliser des modèles numériques (permettant de déterminer la date de lever héliaque d'une étoile, la source astronomique d'orientation d'un édifice, ...) au sein desquels il suffit d'insérer diverses données (relatives notamment à l'époque et à la latitude du site d'observation) afin d'obtenir un ensemble de résultats probables. Sur la base de critères astronomiques et égyptologiques peut ensuite être calculée la probabilité de chacun de ces résultats ; finalement, isolé le résultat le plus probable. Cette nouvelle méthode de collaboration entre astronomes et égyptologues a fait l'objet d'une présentation détaillée lors des 55ème et 56ème colloques de l'American Research Center in Egypt (Tucson, Arizona, 2004 et Boston, Massachusetts, 2005), au sein du 6ème numéro des Cahiers Caribéens d'Egyptologie, également. Elle a reçu un accueil favorable de la part des égyptologues et des astronomes. Sans doute pourrait-elle être transposée à d'autres travaux de recherche interdisciplinaire - favoriser donc la collaboration entre chercheurs des sciences humaines et chercheurs des sciences exactes. Et qui sait : peut-être un jour cette distinction n'existera-t-elle plus ? Peut-être la science sera-t-elle de nouveau unifiée ? Nous nous conformerions davantage alors à sa définition exacte : Connaissance de l'Homme et de la Nature Environnante. Car l'Homme et la Nature ne constituent pas deux systèmes isolés : ce sont des systèmes en interaction permanente ...
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