Les langages successifs de la science :
de précieux témoins de l'évolution humaine


Les premiers livres de pierre

Une telle évolution concerna en réalité l'ensemble des modes d'expression. Et plus particulièrement l'art pariétal, dont l'exercice se poursuivit tout au long du Néolithique jusqu'aux premiers siècles avant notre ère, en passant par l'âge du cuivre et l'âge du bronze. Dans le Sahara central et en Turquie furent ainsi découvertes de magnifiques fresques composées de motifs animaliers et géométriques, décrivant pour certaines des scènes de la vie quotidienne, pour d'autres la structure et l'environnement d'une ville - celle de Catal Häyük en Turquie, notamment. Dans les Alpes et la Scandinavie furent mises au jour des centaines de milliers de figures zoomorphes, anthropomorphes et géométriques, datées de l'âge du bronze, dont l'agencement évoque des scènes de vie agricole et pastorale, les cultes rendus au dieu taureau et au dieu soleil, ...

Citons, à titre d'exemple, ces quelques 35 000 gravures ornant les roches de la Vallée des Merveilles, dans les Alpes Maritimes. Plus de la moitié d'entre elles évoquent des corniformes (bovins, ovins et caprins), auxquels un culte était rendu alors dans le Bassin Méditerranéen. Certains de ces bovidés sont parfois groupés, reliés entre eux par un joug et attelés à un timon qui tire un araire ; un petit personnage peut leur être associé, complétant ainsi la scène agraire. Mais les représentations humaines, pourtant exceptionnelles par leur qualité, demeurent relativement rares. Eles se limitent ici aux images d'un Chef de Tribu et d'un Sorcier dont les visages sont surmontés de poignards. C'est que les représentations d'armes et d'outils (poignards, hallebardes, haches, ...) sont relativement nombreuses, en effet. De même, ces figures géométriques (croix, étoiles, spirales, cercles concentriques, rectangles, ...) à la signification encore méconnue.

Scène agraire
gravée sur roche

Quelques-unes des ces représentations géométriques et naturalistes figurent également sur les parois internes et externes de ces structures mégalithiques (menhirs, cromlechs, dolmens, ...) dont l'érection débuta quelques 4500 ans avant notre ère et qui, aujourd'hui encore, parsèment le monde entier : le sol britannique (Stonehenge, Aveburry, ...), le sol français (alignements de Carnac en Bretagne, ...), le sol africain (Nabta en Haute Egypte, ...), les îles du Pacifique (île de Pâques, ...), ... Certaines d'entre elles présentent en outre une orientation astronomique bien particulière : elles pointent en direction du Soleil levant le jour du solstice d'été ou bien encore en direction d'une étoile le jour de son lever héliaque, constituant par là-même les plus anciens repères temporels, soient les prémices des calendriers à venir. Leur orientation céleste reflète ainsi, non seulement la volonté de durablement consigner les observations dans la pierre, mais également celle de les utiliser - à des fins cultuelles, en l'occurrence. En cela, l'art funéraire se démarque notablement de l'art pariétal classique, à vocation essentiellement descriptive, voire narrative : il constitue une étape supplémentaire dans le processus de développement scientifique, l'utilisation des connaissances acquises par le biais de l'observation succèdant à leur simple accumulation puis retranscription sous forme graphique.

Mégalithe de Nabta
en Haute Egypte

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