Les langages successifs de la science :
de précieux témoins de l'évolution humaine


La consignation des observations par voie écrite (2/2)

Ces représentations figuratives et abstraites, bien souvent juxtaposées, parfois même superposées les unes aux autres, ne content pas de scènes de chasse ni de pêche, encore moins de scènes de reproduction. En témoignent l'absence de tout décor (ligne de sol, végétation, ...) matérialisant l'environnement de tel ou tel animal ; l'incomplétude et l'ambiguité de nombreuses représentations animales ; l'extrême discrétion de leurs attributs génitaux ; la figuration de très rares flèches, tant à proximité d'animaux que d'êtres humains d'ailleurs ; la découverte au sol d'ossements provenant d'animaux bien souvent différents de ceux figurés sur les parois ; enfin, la présence d'animaux imaginaires telle la licorne de Lascaux. La récurrence de certaines associations, tel le couple cheval-bovidé ; la nette prédominance de certaines espèces herbivores (cheval, bison, mammouth, rhinocéros, cerf) ; la quasi-absence d'espèces carnivores ; la présence de nombreux signes abstraits parfois très élaborés, ... semblent toutefois plaider en faveur d'un art à la structure complexe, encore inconnue. D'un art pariétal au service de cultes particuliers : funéraires, religieux peut-être ?

La raison pour laquelle ces peintures, gravures et autres sculptures furent réalisées en des lieux quasi-inaccessibles, voire inhabités, s'en trouverait ainsi expliquée. De même, la raison pour laquelle les grottes richement ornées des époques postérieures - du Néolithique (-10 000 => -3 000 ans), en l'occurrence - possèdent une acoustique exceptionnelle. La création artistique des peuples du Paléolithique aurait ainsi, selon toute vraisemblance, constitué le support de cérémonies rituelles dont les toutes premières traces de l'existence remonteraient à quelque 300 000 ans avant notre ère. Un support imagé, en quelque sorte - pictographique, pour reprendre le terme des linguistes.


Représentations de la main et signes abstraits figurant sur les parois internes des grottes Chauvet et Cosquer.


Si tel était le cas, ces vestiges d'art pariétal constitueraient rien moins que les traces d'une protoécriture dont les figures abstraites pourraient être interprétées comme autant de déterminatifs ou compléments phonétiques - ces pictogrammes et phonogrammes suggérant l'interprétation (le sens) et la prononciation (le son) de tel ou tel logogramme (ou mot). A moins qu'il ne s'agisse plutôt de symboles mathématiques utilisés à dénombrer les animaux et à délimiter les espaces naturels ? Aux dires de certains chercheurs, ces multiples représentations de la main se référeraient à un mode de calcul élémentaire, en effet - digital, en l'occurence -, dont dériveraient les bases 5 et 10 caractérisant la plupart des systèmes de numération actuels. Les points, lignes, droites parallèles et autres damiers, dont de nombreuses céramiques sont également décorées, constitueraient quant à eux les prémices d'une vision géométrique de la Nature.

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