Les langages successifs de la science :
de précieux témoins de l'évolution humaine


La multiplication et la dispersion des centres de recherche scientifique

Tout comme Alexandrie avait en son temps constitué le lieu de rencontre privilégié des penseurs du monde entier, Bagdad s'affirmait, au XIème siècle de notre ère, comme le centre d'échange par excellence des connaissances scientifiques accumulées depuis plusieurs milliers d'années. S'y croisaient en permanence des érudits en provenance des contrées orientales et méditerranéennes, en effet. Des érudits faisant état, par voie orale et écrite, de leurs propres avancées scientifiques, et participant à la diffusion du savoir de toute une civilisation - de leur civilisation.

Parce que l'empire arabo-musulman s'étendait alors aux frontières de l'Europe, ce savoir parvint aux érudits latins et théologiens chrétiens, pour la plupart enfermés dans leurs conceptions platonicienne et aristotélicienne privilégiant, l'une, le raisonnement déductif et la représentation mathématique ; l'autre, le raisonnement inductif et la description qualitative des faits observés. Plusieurs documents attestent ainsi de l'usage du système décimal positionnel en Europe, dès la fin du Xème siècle de notre ère. Un usage que le mathématicien italien Leonardo Fibonacci (1175-1240) contribua notablement à généraliser, grâce notamment à son ouvrage Liber abbaci réalisant une synthèse des connaissances mathématiques arabes.

Au traducteur italien Gérard de Crémone, l'on doit par ailleurs la version latine du traité d'algèbre de Muhammad ibn Musa al-Khwarizmi. Un traité dont le contenu bouleversa les méthodes des mathématiciens du XIIème siècle et contribua au développement des mathématiques occidentales. Sans doute Leonardo Fibonacci s'en inspira-t-il d'ailleurs pour obtenir une bonne approximation des solutions de l'équation du troisième degré : x3 + 2x2 + cx = d. Une équation dont l'expression, sous la forme de cette combinaison de chiffres, de lettres de l'alphabet et de signes algébriques (+, -, x, = et exposant), résulte des travaux de divers mathématiciens anglais, allemands et français des XVème, XVIème et XVIIème siècles, parmi lesquels Johann Widman, William Oughtred, Robert Recorde, François Viète (1540-1603), René Descartes (1596-1650), Thomas Harriot et John Wallis. Autant d'algébristes se situant dans la continuité des mathématiciens arabes, inventeurs de la barre de fraction horizontale.

René Descartes (1596-1650)

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