Les premières horloges stellaires


Les éléments constitutifs d'une horloge stellaire (3/4)

Le diagramme stellaire

Les douze lignes de ce tableau correspondent chacune à une heure de la nuit (36). Le jour et la nuit étaient constitués de douze heures chacun en effet, dont la durée variait d'une saison à l'autre de l'année, à l'époque considérée. Les premières traces de cette division temporelle apparurent au sein des Textes des Pyramides (Utterances 251 et 269), ce corpus de textes funéraires dont des passages ornent les parois intérieures de quelques pyramides de l'Ancien Empire : celles des rois Ounas, Téti, Pépi I, Pépi II, etc., qui régnèrent sur le Pays des Deux Terres à compter de la fin de la Vème dynastie. Sur ces murs apparut pour la première fois le terme ounout (, wnwt) signifiant heure, sous l'aspect d'un lièvre. Lorsque trois étoiles le déterminent, les heures de la nuit sont considérées ; dans le cas contraire, une étoile et un disque solaire sont dessinés.

Un terme à la graphie similaire désigne par ailleurs les étoiles : (37). Preuve que l'observation des objets peuplant leur ciel conduisit très tôt les anciens Egyptiens à déterminer les heures du jour et de la nuit. Aux dires d'Otto Neugebauer et Richard A. Parker, la division du jour en douze heures découlerait de celle de la nuit noire en douze heures ; elle serait la conséquence directe de la division de l'année civile égyptienne en décades ou périodes de dix jours, combinée à l'utilisation des diagrammes stellaires faisant l'objet de la présente étude (38).

Chacune des grilles découvertes à ce jour est constituée de cases au sein desquelles figure l'appellation hiéroglyphique d'une étoile ou d'un groupe d'étoiles, ainsi que la présence du signe seba (, sb#) l'atteste. La même appellation hiéroglyphique figure par ailleurs au sein de cases situées le long d'une unique diagonale (figure). Ainsi cette étoile notée 12 occupe-t-elle la douzième et dernière ligne de la première colonne correspondant à la première décade de l'année civile égyptienne ; la onzième et avant-dernière ligne de la seconde colonne correspondant à la seconde décade de l'année ; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elle figure en première ligne, quelques onze décades après qu'elle ait fait son apparition au sein du tableau. Une telle disposition suggère que cette étoile - ou ce groupe d'étoiles, était observé(e) durant les douze premières décades de l'année égyptienne et utilisé(e) à marquer les heures successives de la nuit : depuis la douzième heure de nuit en première décade jusqu'à la première heure de nuit en onzième décade. Telle était la "fonction" de cette étoile nommée khery aryt (, xry ort) sur l'intérieur du couvercle du sarcophage de bois de Idy.

Un tel diagramme constituait donc une véritable horloge stellaire fonctionnant sur la base de l'observation d'étoiles se comportant de façon identique : chacune d'elles devait en effet demeurer visible dans le ciel d'Egypte onze décades et neuf jours par an tout au moins - laps de temps séparant le jour auquel elle indiquait, pour la première fois, la douzième heure de nuit, du jour auquel elle indiquait, pour la dernière fois, la première heure de nuit (39).

36. Cette information a été déduite de l'examen de l'horloge stellaire de l'Osiréion et d'horloges stellaires plus tardives, datant de l'époque Ramesside. Sources Neugebauer, Otto et Parker, Richard A., "Egyptian Astronomical Texts Volume 1 : The Early Decans", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960, page 100 et Depuydt, Leo, "Ancient Egyptian star clocks and their theory", Bibliotheca Orientalis LV n°1/2, January-April 1998, pages 5-43.
37. Clagett, Marshall, "Ancient Egyptian Science Volume 2 : Calendars, Clocks and Astronomy", American Philosophical Society, 1995, page 49.
38. Neugebauer, Otto et Parker, Richard A., "Egyptian Astronomical Texts Volume 1 : The Early Decans", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960, pages 116-121.
39. Concernant le détail du fonctionnement des horloges stellaires datant de la Première Période Intermédiaire et du Moyen Empire, voir Depuydt, Leo, "Ancient Egyptian star clocks and their theory", Bibliotheca Orientalis LV n°1/2, January-April 1998, pages 5-43.

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