Les premières horloges stellaires


La datation des horloges stellaires (8/12)

Le vagabondage de l'année civile égyptienne

Au vu des inscriptions hiéroglyphiques figurant sur la ligne horizontale supérieure, il apparaît que chacune des vingt horloges stellaires fonctionnait sur la base de l'année civile égyptienne constituée de 365 jours répartis en 36 décades auxquelles furent ajoutés 5 jours supplémentaires (Hryw rnpt). Un sixième jour "épagomène" ne leur étant pas régulièrement adjoint, ce calendrier civil vagabondait : tous les quatre ans, le Jour de l'An, Wepet Renpet, (, wpt rnpt) survenait un jour plus tôt, en effet (80) ; tous les quarante ans, une décade plus tôt ; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il coïncidât de nouveau avec le premier jour de la première décade du premier mois de l'année (I #Xt 1), quelques 1460 ans plus tard. Au terme de cette période, le Jour de l'An coïncidait de nouveau avec le jour du lever héliaque de spd - Sirius, soit avec le jour de sa sortie de la Douat (, ew#t), après qu'elle fut demeurée invisible quelques 70 jours durant, nous disent les textes (81). Aussi cette période de 1460 ans fut-elle qualifiée de "sothiaque".

Une telle apokastasis, rapporte le grammairien et chronologiste Censorin dans son "De Die Natali", se serait produite en l'an 139 de notre ère, ce qui permet de précisément dater chacune des occurrences précédentes, à quelques quatre années près. Une semblable conjonction temporelle se serait ainsi produite sous le règne du pharaon Séthi I, en l'an 1321 avant notre ère ; au tout début de l'Ancien Empire également, soit en l'an 2781 avant notre ère, époque à laquelle remonte probablement la constitution du calendrier civil égyptien.


D'horloges stellaires en plafonds astronomiques

Sur les horloges stellaires n°1, 2, 3, 7, 9 et 10, l'étoile spd - Sirius (décan 31) figure au bas de dix-huitième colonne (table). Ce qui signifie qu'elle fut utilisée à marquer la douzième et dernière heure de nuit quelques 170 jours après le début de l'année civile égyptienne, soit à compter du II prt 21 - vingt-et-unième jour du second mois de la saison Peret. Au tout début du XXIème siècle avant notre ère, le II prt 21 coïncidait avec la date de lever héliaque de l'étoile Sirius en un lieu de latitude memphite, soit avec le 17-18 juillet. Entre l'an 2781 et l'an 2742 avant notre ère, ce phénomène astronomique survenait quelques 170 jours plus tôt, soit le I #Xt 1. Une horloge datant de l'an 2781 à l'an 2742 avant notre ère aurait donc probablement listé le décan 31 au bas de la toute première colonne, suggérant par là même que les horloges des groupes A1 et A2 fonctionnaient sur la base de l'observation des levers successifs d'étoiles (82). Il s'ensuit la datation possible des horloges n°1, 2, 3, 7, 9 et 10 - plus généralement, des horloges n°1 à 11 - de l'une des années (2781 - 4 x 170 =) 2101 à (2781 - 4 x 179 - 3 =) 2062 avant notre ère, soit de la seconde partie de la Première Période Intermédiaire, et la quasi-simultanéité de leur conception (83).

80. Neugebauer, Otto et Parker, Richard A., "Egyptian Astronomical Texts Volume 1 : The Early Decans", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960, page 1.
81. Pour plus d'informations sur le cycle des étoiles décanales, consulter le paragraphe intitulé Le Livre de Nout.
82. Neugebauer, Otto et Parker, Richard A., "Egyptian Astronomical Texts Volume 1 : The Early Decans", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960, pages 1 et 100-101.
83. Le fait que le décan 31 figure au bas de la 17ème colonne de l'horloge de Idy (n°4) résulte de l'omission du décan 15. Cela ne signifie pas que cette horloge fut conçue quelques quarante années avant celles de Meshet, It-ib, Khou en Seker, Iker ou bien encore Hekat. La figuration du décan 31 au bas de la 19ème colonne de l'horloge de Khou en Seker (n°12) résulte quant à elle de la mention des décans 3a et 3b en lieu et place du seul décan 3.

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