La datation des horloges stellaires (5/12)
Le regroupement des horloges stellaires
Parce qu'elles présentent des arrangements stellaires identiques les uns aux autres (table), parce qu'elles furent découvertes en un même lieu également - la nécropole d'Assiout -, il est possible de regrouper les horloges stellaires n°1, 2, 3, 5 et 7. A ce groupe, l'on peut adjoindre l'horloge n°4, qui ne diffère des précédentes que par la seule omission du décan numéroté 15, ainsi que l'horloge n°6, dont ne subsiste malheureusement que 10% du fragment initial (70). Un tel regroupement se trouve confirmé par l'étude de la bande d'inscriptions verticales. Quatre divinités célestes y furent effectivement listées dans le même ordre : Nwt, la déesse qui supporte le ciel de ses propres mains, est suivie de cette patte de bovidé généralement ornée de sept étoiles que les anciens Egyptiens nommaient msXtyw. Puis vient s#H - Orion, cet homme en marche tenant le sceptre w#s d'une main, le signe de vie onX, de l'autre. Les mêmes insignes furent dessinées entre les mains de spd - Sirius, cette étoile qui, dans le ciel, suit s#H - Orion, tout comme Isis suit son époux, Osiris (figure). Le contenu de la bande d'inscriptions horizontales séparant les sixième et septième heures de nuit ne diffère par ailleurs que très peu d'une horloge à l'autre (71). Ces textes nous content les offrandes faites par le défunt (N) aux divinités présentes, non seulement au sein de la bande d'inscriptions verticales qui sépare les colonnes numérotées 18 et 19 - à savoir Nwt, MsXtyw, s#H, spd -, mais également au sein de la grille décanale. Car les décans étaient divinisés en effet, ou plutôt, associés à des divinités du panthéon égyptien, ainsi que l'étude ultérieure des plafonds astronomiques du Nouvel Empire l'attestera.
Ces inscriptions hiéroglyphiques subirent en réalité quelques modifications avec le temps. Ainsi les formules d'offrandes furent-elles destinées à un nombre toujours croissant de divinités dont l'ordre d'apparition, au sein des bandes d'inscriptions verticale et horizontale, diffère quelque peu, d'une horloge à l'autre. Cette évolution vint se superposer à celle déjà constatée dans l'arrangement des étoiles décanales au sein de la grille centrale, de sorte qu'aucune des horloges stellaires élaborées entre la Première Période Intermédiaire et le Moyen Empire, n'apparaît parfaitement identique à une autre (table). Sur la base de certains critères toutefois, nous avons vu qu'il était tout à fait possible de rassembler les horloges n°1 à 11 au sein du groupe A, l'horloge n°12 au sein du groupe B, les horloges n°13 et 20 au sein du groupe C ; enfin, les horloges n°14 à 19 au sein du groupe D.
La prise en compte de leur provenance géographique, de leurs arrangements stellaires, de l'ordre des divinités célestes mentionnées au sein de la bande d'inscriptions verticales, permet de distinguer les horloges n°1 à 7 des horloges n°8 à 10 figurant au sein du groupe A. En d'autres termes, de regrouper les horloges numérotées 1 à 7 au sein du sous-groupe A1. De sorte que les horloges attribuées à Ashyt (n°8), Iker (n°9) et Hekat (n°10), semblables de part leur provenance - Thèbes, Gebelein et Assouan, toutes trois villes de Haute Egypte -, leurs arrangements stellaires et l'ordre des divinités célestes mentionnées au sein de la bande d'inscriptions verticales - spd, s#H, MsXtyw, Nwt -, constituent un autre sous-groupe, noté A2. A ce sous-groupe peut sans doute être ajoutée l'horloge n°11, très fragmentaire, mais dont les divinités apparaissent listées dans le même ordre au sein de la bande d'inscriptions verticales (72). L'étude du contexte historique qui s'ensuit permettra d'affirmer que les horloges du groupe A2 (n°8 à 11) sont en réalité contemporaines de celles constituant le groupe A1 (n°1 à 7).
La parenté des horloges n°14 à 19 avec le plafond astronomique de la tombe de Senmout (Deir el-Bahari, dynastie XVIII), suggère, nous l'avons vu, leur conception tardive. Ces horloges furent toutes retrouvées en un même lieu, la nécropole d'Assiout (73). Pour autant, elles semblent se répartir en trois sous-groupes : le sous-groupe D1, constitué de la seule horloge n°14, unique de part son arrangement stellaire ; le sous-groupe D2, constitué des horloges n°15, 16 et 17, qui toutes mentionnent le décan 4a (Sspt), au contraire de l'horloge de Shemes (n°19) et de la liste de Senmout (table), et font figurer les divinités célestes dans le même ordre : Nwt, MsXtyw, s#H, spd (74) ; le sous-groupe D3 enfin, constitué de la seule horloge de Shemes (n°19), dont l'arrangement stellaire est extrêmement voisin de celui du plafond de la tombe de Senmout (table) (75). L'incomplétude de l'horloge n°18 nous empêche d'affirmer son appartenance au sous-groupe D2 ou D3. L'étude du contexte historique qui s'ensuit permettra d'affirmer la simultanéité de conception des horloges issues des sous-groupes D1, D2 et D3.
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70. Locher, Kurt, "Middle Kingdom Astronomical Coffins : extension of the corpus from 12 to 17 specimens since Neugebauer and Parker", Proceedings of the Seventh International Congress of Egyptologists, Orientalia Lovaniensia Analecta n°82, 1998, pages 697-699.
71. Neugebauer, Otto et Parker, Richard A., "Egyptian Astronomical Texts Volume 1 : The Early Decans", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960, page 27.
72. Locher, Kurt, "Middle Kingdom Astronomical Coffin Lids : extension of the corpus from 12 to 17 specimens since Neugebauer and Parker", Proceedings of the Seventh International Congress of Egyptologists, Orientalia Lovaniensia Analecta n°82, 1998, page 698.
73. La certitude est totale pour ce qui concerne les horloges n°14, 16, 17, 18 et 19 ; la présomption est forte pour ce qui concerne l'horloge n°15. Voir Locher, Kurt, "Two further coffin lids with diagonal star clocks from the Egyptian Middle Kingdom", JHA XXIII, 1992, page 201.
74. Locher, Kurt, "A further coffin-lid with a diagonal star-clock from the Egyptian Middle Kingdom", JHA XIV, 1983, page 142 ; Locher, Kurt, "Two further coffin lids with diagonal star clocks from the Egyptian Middle Kingdom", JHA XXIII, 1992, page 202 ; Symons, Sarah, "Two fragments of diagonal star clocks in the British Museum", JHA XXXIII, 2002, page 257.
75. Contrairement à Kurt Locher - "A further coffin lid with a diagonal star clock from the Egyptian Middle Kingdom", JHA XIV, 1983, page 142 et "Two further coffin lids with diagonal star clocks from the Egyptian Middle Kingdom", JHA XXIII, 1992, page 201 -, les horloges n°15 et 16 (X2Bas et S#T), parce qu'elles listent le décan 4a, nous paraissent antérieures à celle de Shemes (n°19).
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