Le génie sommeille-t-il en chacun de nous ?
Raisonnons, une fois n'est pas coutume, par l'absurde. Supposons que chacun d'entre nous soit un génie potentiel. En d'autres termes, que chacun d'entre nous soit doué d'exceptionnelles compétences dans un domaine particulier : les arts, les lettres, les sciences, ... La première étape consisterait à prendre conscience du génie qui sommeille en nous. En d'autres termes, à identifier notre domaine d'excellence. En tant que citoyens français, nous bénéficions d'une grande et belle tradition culturelle, doublée d'une large ouverture sur le monde. Libre à nous, donc, de nous cultiver ou non, de vivre ou non nos passions, soit de découvrir notre potentiel latent. Mais qu'en est-il des citoyens de pays sous-développés ou en voie de développement ? Bénéficient-ils de cette même richesse culturelle, de cette même liberté de penser et d'agir ? Rarement. Difficile donc pour eux de développer leurs propres compétences dans un domaine précis. A moins bien entendu que les circonstances ne leur soient un jour favorables. Pensons au Mahatma Gandhi, qui, par sa philosophie humaniste, exerça une énorme influence intellectuelle sur ses compatriotes et marqua le pouvoir indien de son empreinte indélébile ; ou bien encore à Nelson Mandela qui, après 25 ans d'emprisonnement pour cause d'apartheid, co-dirigea l'Afrique du Sud avec Frédéric de Clerc. Ces personnages remarquables furent-ils pour autant des génies de l'action ? L'avenir nous le dira ...
Après avoir identifié notre domaine de compétences, il nous faut passer du stade de génie potentiel au stade de génie effectif. En d'autres termes, créer une oeuvre originale, personnelle, identifiable, bouleversant les modes de pensée et d'action de nos contemporains, voire des générations futures. Celà présuppose de sortir des sentiers battus, de ce moule sociétal dans lequel nous nous laissons volontiers enfermer, par confort, par peur de l'inconnu. Seulement voilà : si ce moule nous convient tant, pourquoi agirions-nous dans le sens de sa réforme ? Par ailleurs, si chacun d'entre nous ressentait le besoin de le réformer, existerait-il encore ? Sans doute pas. Dans ce cas, aucun génie ne pourrait plus prétendre bouleverser les modes de vie, de pensée et d'action de ses contemporains, libérés de toute emprise sociale, culturelle, économique, politique, ... La définition même de génie, en tant que créateur révolutionnaire, se révélerait inappropriée. Paradoxalement, c'est donc dans le cadre d'une société inertielle que le génie s'exprime le mieux... sans doute parce qu'il y fait figure d'exception culturelle ?
Mozart est le type même de génie éclatant, passé de génie potentiel à génie effectif en quelques années d'existence, sans intervention extérieure. De même, Pascal, Rimbaud, Picasso, Monge, auraient-ils existé sans l'aide de personne. Parfois, souvent même, ce passage nécessita toutefois la combinaison de facteurs favorables : le suivi de longues études, pour d'éminents scientifiques comme Einstein ; une situation politique chaotique, pour des hommes d'action tels de Gaulle ou Churchill, ... Qu'en est-il donc de ces génies potentiels que les circonstances extérieures (environnement familial, contexte culturel, situation économique) n'ont pas réveillé ? Sont-ils restés à l'état latent ? Sans doute ... L'on ne peut alors s'empêcher de penser à ces (nombreuses ?) femmes que la lourdeur des traditions passées a très certainement privées de la liberté de s'exprimer, de créer. Un véritable gâchis potentiel !
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