Les génies d'hier et d'aujourd'hui :
moteurs ou produits de la société ?


Quelles sont les conditions d'émergence du génie dans une société ? (3/4)


L'exception culturelle française

Plus qu'ailleurs, la fracture entre les campagnes et les villes, entre les couches populaires et les couches supérieures de la société, apparaît grande en France. Les couches populaires (paysans et ouvriers) prédominent dans notre pays. Elles représentent ainsi, au début du XXème siècle, rien moins que 90% de la population française. Pourtant, elles n'ont donné naissance qu'au quart des génies. Les couches supérieures de la société (cadres supérieurs, professeurs d'université, ingénieurs), qui ne représentent que 2% de la population française, ont quant à elles vu naître la moitié de ces génies. Enfin, les couches intermédiaires (artisans, commerçants, employés et cadres moyens) ont donné naissance à un nombre de génies relativement conforme à leur poids social. Autant d'éléments chiffrés laissant à penser que les chances d'émergence du génie sont d'autant plus grandes que le rang social de la famille d'accueil est élevé.



La lecture, source de génie ?

Si les couches supérieures de la société paraissent davantage en mesure d'offrir les conditions nécessaires à l'émergence du génie, ce n'est pas seulement parce qu'elles jouissent d'une certaine aisance matérielle. C'est aussi et surtout parce qu'elles ont su développer une certaine culture du livre, cette culture propice à la liberté, à la découverte, à la recherche ; cette ouverture sur le monde extérieur, sur la connaissance. Sans doute cette passion du livre explique-t-elle l'énorme proportion, parmi les génies, de fils de pasteurs (5%), qui pourtant ne représentent que 0,15% de la population active ? Tout comme la sur-représentation des juifs, pratiquants ou non, parmi les génies des sciences humaines (Marx), de la philosophie (Freud) et des sciences exactes (Einstein) ?

Faraday, Davy, Rousseau et Sartre sont quelques-uns de ces illustres personnages dont la lecture bouleversa littéralement l'existence, fit éclore le génie, en quelque sorte. De là à déduire que la lecture est cause, voire condition sine qua non de l'émergence de nombre de génies, il n'y a qu'un pas, que Claude Thélot choisit de franchir. A la démarche inductive, nous, scientifiques, préférons toutefois la démarche déductive. Vous me permettrez donc de ne pas déduire de ces quelques exemples, pourtant remarquables, une théorie globalisante. Car si la lecture fait aujourd'hui partie de notre quotidien, elle ne figura pas toujours au sein de notre apprentissage. Il se peut donc fort bien que des génies se soient jadis manifestés, avant même qu'ils aient été formés à la lecture. Celle-ci découle par ailleurs de l'écriture, dont l'invention remonte à quelques 3500 ans avant notre ère seulement. Est-ce à dire que les peuples du paléolithique supérieur, qui pourtant nous léguèrent de magnifiques peintures rupestres, étaient dénués de tout génie ? De même ces hominidés qui inventèrent diverses techniques de polissage de la pierre ?

Plutôt que la source d'éclosion du génie, voyons plutôt dans la lecture - et l'écriture - le support informatif - et expressif - de ce génie... tout comme l'observation de la nature environnante le fut, en leur temps, pour homo habilis et homo erectus.

Tablette mésopotamienne

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