Galileo Galilei :
savant chrétien ou hérétique ?



Le Grand Livre de la Nature

A cet odieux compromis, Galileo ne tarda pas à réagir... par la voie de son disciple Mario Guiducci tout d'abord, auquel il fit lire, devant l'Académie de Florence, un discours sur les comètes précisant leur nature non pas réelle, mais purement optique - au même titre que l'arc-en-ciel. Au vif rejet de son interprétation, le père Orazio Grassi opposa une réponse publique, qui contraignit Galileo à sortir de sa réserve officielle et à personnellement intervenir dans le débat, quelques trois années plus tard. Trois années durant lesquelles le savant hérétique paufinea son offensive... Et quelle offensive !


Certes, son nouvel ouvrage intitulé Saggiatore - littéralement l'Essayeur - contenait nombre d'erreurs au plan astronomique, Galileo se refusant à reconnaître les mérites de Tycho Brahé. Mais cette théorie des comètes n'était que le prétexte à son offensive. Offensive d'un homme de génie soucieux de déchiffrer le grand livre de la nature au moyen de la connaissance mathématique des lois qui la régissent, contre ces gardiens de l'orthodoxie morale confinés dans leurs propos académiques, pour ne pas dire dogmatiques. Ce même dogme qui les empêchait de s'ouvrir à la science moderne, d'adopter cette démarche qu'il avait lui-même initiée : la démarche expérimentale, seule garante de l'exactitude des lois formulées par l'esprit.




Frontispice d'Il Saggiatore



C'est que l'esprit, mieux que les sens, était en mesure, selon lui, de comprendre la Nature qui nous entoure. L'esprit mathématique en l'occurrence, dénué de toute contingence, doté, qui plus est, d'une implacable logique, de cette logique qui faisait tant défaut à ses adversaires religieux enfermés dans leur tradition. Ainsi l'Essayeur constituait-il, non pas un traité scientifique classique, mais un véritable ouvrage de propagande culturelle, de rupture avec les anciennes méthodes. En témoigne le passage suivant : "La philosophie est écrite dans ce livre immense perpétuellement ouvert devant nos yeux (je veux dire : l'univers), mais on ne peut le comprendre si l'on n'apprend pas d'abord à connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles, et d'autres figures géométriques, sans l'intermédiaire desquels il est humainement impossible d'en comprendre un seul mot. Si on ne les comprend pas, on tourne vraiment en rond dans un labyrinthe obscur."

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