Astro-Egyptologie : un nouveau domaine d'étude
et de recherche associant les astronomes et les égyptologues


Application de l'approche probabiliste aux pyramides de l'Ancien Empire (4/4)

Sous l'Ancien Empire, le coucher héliaque des étoiles alpha et beta Canis Minoris se produisait vers la mi-mai ; leur lever héliaque, vers la mi-juillet. Il peut être intéressant de noter que leur réapparition dans les lueurs de l'aube coïncidait alors presque exactement avec la culmination inférieure de l'étoile eta Ursae Majoris matérialisant l'extrémité de Meskhetiu - La Grande Ourse. Leur disparition dans le ciel crépusculaire survenait quant à elle presque simultanément à la culmination supérieure de eta Ursae Majoris dans le ciel Nord. Mieux encore : l'apparition et la disparition des étoiles alpha et beta Canis Minoris dans le ciel nocturne survenaient aux mêmes instants que les culminations inférieure et supérieure de eta Ursae Majoris.

Cette conjonction de phénomènes astronomiques n'est pas sans rappeler les textes de fondation des temples du Nouvel Empire et de l'Epoque Ptolémaïque : "J'ai saisi les piquets en même temps que le manche du maillet. Je prends la corde de mesure avec Seshat. J'examine le mouvement constant des étoiles. Mon regard est tourné sur la constellation de la Cuisse de Taureau. Je mesure le temps qui passe, surtout l'horloge, et j'établis les angles du temple", déclare Pharaon sur l'un des murs du temple d'Horus à Edfou. "Observant la course des étoiles se levant dans le ciel, reconnaissant la constellation de la Cuisse de Taureau, j'établis les angles du temple de Sa Majesté", déclare-t-il sur l'une des parois du temple d'Hathor à Dendérah (13). Il est donc fort probable que la configuration de la Grande Ourse - et plus particulièrement la survenue des culminations inférieure et supérieure de l'étoile eta Ursae Majoris - constitua un critère nécessaire à l'orientation du monument considéré. Le fait que le lever ou le coucher (héliaque) des étoiles alpha et beta Canis Minoris coïncide alors (presque) exactement avec la culmination inférieure ou supérieure de l'étoile eta Ursae Majoris renforce encore l'hypothèse selon laquelle ce couple d'étoiles fut utilisé à orienter la plupart, si ce n'est la totalité, des pyramides de l'Ancien Empire - l'ensemble de celles constituant notre échantillon, en tout cas.

Cérémonie de l'extension du cordeau


Ce résultat, qui pourtant satisfait à l'ensemble des critères astronomiques et égyptologiques énoncés, demeure bien évidemment hypothétique. Toute importante révision de la chronologie de l'Ancien Empire, toute insertion, au sein de notre échantillon, de l'écart à l'alignement cardinal d'une autre pyramide de l'Ancien Empire, est susceptible de le remettre en question, en effet. Seule la procédure astronomique utilisée demeure valide, en réalité. En cela réside la force de cette approche probabiliste que je suggère d'adopter afin, qu'ensemble, nous développions notre connaissance de l'astronomie égyptienne.


Karine Gadré,
17 avril 2004, Tucson, Arizona, 55th ARCE meeting.

13. Krupp E.C., "The Astronomy of Lost Civilizations : Echoes of the ancient skies", Oxford University Press, 1983.

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