Astro-Egyptologie : un nouveau domaine d'étude
et de recherche associant les astronomes et les égyptologues


Introduction
L'orientation astronomique de temples et tombes, le contenu astronomique de bas-reliefs et autres écrits datant de l'Egypte ancienne, firent longtemps l'objet d'études distinctes de la part des astronomes et des égyptologues du monde entier. Otto Neugebauer et Richard Parker furent parmi les tous premiers à en réaliser l'étude conjointe. Ils nous léguèrent cette célèbre trilogie intitulée "Egyptian Astronomical Texts" (1) qui, aujourd'hui encore, quelques quarante années plus tard, demeure la source d'informations la plus complète et la plus étendue en matière d'astronomie égyptienne. Dans les années 90, l'astrophysicien Eric Aubourg et l'égyptologue Sylvie Cauville s'inspirèrent de leur exemple : ensemble, ils étudièrent le contenu astronomique du zodiaque circulaire de Dendérah, et aboutirent à d'intéressantes conclusions (2).

Le zodiaque de Dendérah


De tels exemples de collaboration interdisciplinaire, bien que fructueux, demeurent malheureusement exceptionnels. Une meilleure connaissance de l'orientation ou du contenu astronomique de tel ou tel vestige datant de l'Egypte ancienne requiert pourtant des compétences, tant dans le domaine de l'égyptologie que dans celui de l'astronomie, et, par voie de conséquence, de telles collaborations. La seule acquisition de connaissances égyptologiques ne permet effectivement pas à un astronome de devenir égyptologue. A l'inverse, la connaissance du ciel, des objets le peuplant, des mouvements les animant, ne suffit pas à acquérir les qualités d'un astronome. Les différences entre astronomes et égyptologues ne résultent pas uniquement de nos formations respectives, mais également de notre "état d'esprit". Nous n'avons pas la même approche d'un problème donné ni ne développons les mêmes méthodes pour le résoudre. A titre d'exemple, depuis le siècle dernier, nous, chercheurs des sciences exactes, favorisons l'approche probabiliste à l'approche déterministe.

Cette conférence vise à introduire le principe de cette démarche probabiliste dont l'adoption pourrait conduire à une meilleure collaboration entre astronomes et égyptologues (3). A cette fin, je détaillerai la méthode utilisée à identifier les décans égyptiens, ces étoiles dont la succession des levers ou des culminations servait à indiquer la succession des heures de la nuit sous la Première Période Intermédiaire, le Moyen et le Nouvel Empires égyptiens. Il s'agit là du sujet de ma thèse de doctorat préparée au Laboratoire d'Astrophysique de l'Observatoire Midi-Pyrénées de Toulouse. Puis, nous appliquerons cette démarche probabiliste à la détermination de la source astronomique d'orientation des pyramides de l'Ancien Empire et en déduirons quelques conclusions intéressantes.

1. Neugebauer Otto, Parker Richard A., "Egyptian Astronomical Texts : Volume 1-3", Brown University Press, Providence, Rhode Island, 1960-69.
2. Aubourg Eric, "La date de conception du temple d'Hathor à Dendéra", BIFAO, 1995 ; Cauville Sylvie, "Le zodiaque d'Osiris", Peeters, 1997.
3. Pour en savoir plus, veuillez consulter le dossier intitulé "Détail du projet de constitution, à l'échelle internationale, d'un réseau de chercheurs en astro-égyptologie", disponible ici.

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