Il le savait : son chemin en direction de Memphis et Thèbes passait par Turin, la capitale Piémontaise dont le musée renfermait une formidable collection d'antiquités égyptiennes. Autant de statues, de stèles, de bas-reliefs, d'objets funéraires et de papyri, que Bernardino Drovetti, jadis consul de France à Alexandrie, avait arrachés à la nécropole thébaine, et dont la vision suscita une profonde admiration chez le cadet des Champollion. Dans une première Lettre datée du mois d'août 1824, il exprime cet émerveillement, cet enchantement que lui procure la beauté de ces monuments, de ces statues, de ces bas-reliefs si finement scupltés dans la pierre, rappelant à juste titre que "la sculpture et la peinture ne furent jamais en Egypte que les véritables branches de l'écriture" - de cette écriture qu'il déchiffre à présent avec une formidable aisance et ce, quelle que soit sa nature : "aucun texte, soit hiéroglyphique, soit hiératique, soit démotique, ne m'embarasse plus désormais : je les déchiffre avec plaisir".
Parmi ces textes figurent de nombreux papyri funéraires dont l'étude systématique lui permettra d'affiner sa Grammaire égyptienne, de constituer un tableau d'homophones, de percer les secrets du système numérique égyptien, ... Mais en lieu et place du linguiste surgit bientôt l'historien, ému de découvrir les noms de ces Pharaons auxquels l'Histoire ne fait aucune allusion, peiné de constater l'état de poussières auquel sont réduits nombre de manuscrits anciens, faute d'avoir séjourné dans des malles quelque trois ou quatre années durant : "J'ai vu rouler dans ma main des noms d'années dont l'Histoire avait totalement perdu le souvenir, des noms de Dieux qui n'ont plus d'autels depuis quinze siècles, et j'ai recueilli, respirant à peine, craignant de le réduire en poudre, tel petit morceau de papyrus, dernier et unique refuge de la mémoire d'un Roi qui, de son vivant, se trouvait peut-être à l'étroit dans l'immense Palais de Karnak !".
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