Jean-François Champollion :
le père de l'égyptologie française


Et le voile se leva ...

L'étude des documents anciens auxquels il avait désormais libre accès - grâce notamment à son frère récemment nommé conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale - conduisit Jean-François à formuler, dès le mois d'août 1821, le principe fondamental du système hiéroglyphique, soit l'étroite parenté, voire l'unité, des trois systèmes d'écriture égyptiens - le hiéroglyphique, le démotique et le hiératique. L'étude comparative de divers noms propres - Ptolémée, Cléopâtre et Ramsès - ornant la Pierre de Rosette, un obélisque du temple de Philae et l'une des parois du temple d'Abou Simbel, l'amenèrent par ailleurs aux conclusions suivantes : les hiéroglyphes revêtent une valeur phonétique et idéographique à la fois ; les noms des pharaons sont une combinaison de caractères alphabétiques ou alphabético-syllabiques ; des signes distincts peuvent revêtir la même valeur phonétique ; certains signes ont une valeur muette - ce sont les déterminatifs, qui permettent de distinguer la nature, la fonction, le sexe, ... de la personne ou de l'objet considéré ; enfin, les voyelles ne jouent qu'un rôle mineur, voisin de l'effacement, au sein du système hiéroglyphique.


Telles sont les données générales recueillies au terme de quinze années de travail (1807-1822). Dans sa Lettre à M. Dacier datée du 27 septembre 1822, Jean-François souligne que cette combinaison de signes ayant chacun une valeur figurative et phonétique - il rajoutera "symbolique" dans son Précis du système hiéroglyphique publié en janvier 1924 - constitue l'originalité et la complexité du système hiéroglyphique ; la découverte de cette combinaison, la clé du déchiffrement. Une clé dont l'usage lui permettra désormais de pénétrer au coeur même des temples, ces livres à ciel ouvert dont les caractères sacrés semblent ancrés dans l'éternité.

Ne lui restait dès lors plus qu'à mettre les résultats de son long et patient travail de linguiste, au service de ses compétences historiques et artistiques, pour lever définitivement le voile sur l'ancienne Egypte. Les premiers résultats ne se firent guère attendre, comme en témoigne la publication de son Panthéon Egyptien en juin 1823. Dans cet ouvrage, Jean-François révéla, à la surprise générale, que les anciens Egyptiens étaient monothéistes : ils croyaient en "un dieu unique dont toutes les qualités et attributions étaient personnifiées par autant d'agents actifs ou divinités obéissantes". Il s'agissait donc là d'un monothéisme se manifestant extérieurement par un polythéisme symbolique.

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