Jean-François Champollion :
le père de l'égyptologie française


Lorsque les hypothèses se vérifient ...

Lors de ce premier survol impressionniste, les savants franco-toscans recueillirent pas moins de six cents dessins. Ne leur restait dès lors plus qu'à étudier scientifiquement chacun des sites qu'ils avaient jugés dignes d'intérêt : Abou Simbel, Kalabsha, Louxor, Karnak, Vallée des Rois, Deir el-Bahari, Médinet Habou, Dendérah. Mais déjà, une première impression se confirmait, dont Jean-François fit part au Baron Bon-Joseph Dacier, dans une lettre datée du 1er janvier 1829 : "Je suis fier maintenant que, ayant suivi le cours du Nil depuis son embouchure jusques à la seconde cataracte, j'aie le droit de vous annoncer qu'il n'y a rien à modifier dans notre "Lettre sur l'alphabet des hiéroglyphes". Notre alphabet est bon : il s'applique avec un égal succès, d'abord aux monuments égyptiens du temps des Romains et des Lagides, et ensuite, ce qui devient d'un bien plus grand intérêt, aux inscriptions de tous les temples, palais et tombeaux des époques pharaoniques".


Au soir d'une existence toute entière vouée à sa chère Egypte, le Déchiffreur eût-il pû rêver victoire plus éclatante ? Un bonheur en appelant nécessairement un autre, le temple gréco-romain de Kalabscha apporta la confirmation des hypothèses sur lesquelles il avait entièrement bâti son Panthéon Egyptien : "Amon-Râ est bien l'être suprême et primordial, la déesse Mout participant de la même essence à la fois mâle et femelle, et tous les autres dieux égyptiens n'étant que des formes de ces deux principes constituants (...), de pures abstractions du grand Etre". Mieux encore, les inscriptions hiéroglyphiques ornant les parois de la tombe de Ramsès IV creusée sous la Cîme thébaine, révélèrent que l'existence du roi est semblable à la course diurne du Soleil ; sa mort, à la disparition de l'astre sous l'horizon occidental ; sa résurrection, à la réapparition du Soleil dans les lueurs matinales. En suggérant ainsi l'immortalité de l'âme, l'Egypte s'affirmait un peu plus encore comme la mère spirituelle des civilisations qui lui succéderaient.


Découverte formidable qui bouleverserait nombre d'idées reçues, et soulignerait enfin la nécessité de préserver les joyaux du Nil... non sans avoir préalablement dressé toutefois, place de la Concorde, l'un des deux obélisques qui, jadis, ornait l'entrée du temple de Louxor. Tel fut l'hommage solennel rendu par la nation à Jean-François Champollion, le 25 octobre 1836 - l'un de ces hommages posthumes dont la France a le secret. N'est-il pas plus confortable en effet de rendre hommage à celui ou celle qui a marqué le passé de l'empreinte de son génie plutôt que de soutenir au présent des initiatives individuelles qui risqueraient de bouleverser l'avenir ? Telle est l'une de ces questions que nous ferions sans doute bien de nous poser si nous ne souhaitons voir la France se transformer, d'ici quelques années, en véritable Musée ...






Ci-contre figure l'obélisque offert par Mohammed Aly
à la France et érigé Place de la Concorde à Paris le 25 octobre 1836,
soit plus de trois ans après la disparition de Jean-François Champollion.



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