Au travers les écrits de Platon, Hérodote et Plutarque, au travers la Bible également, au travers la survivance de rites isiaques en Occident enfin, l'Egypte demeura un souvenir vivant, des siècles durant - que dis-je, des millénaires durant ! -, dans l'esprit des Européens, dans celui des Français notamment. Un souvenir auquel les penseurs et voyageurs du Siècle des Lumières tenteront de redonner vie... non sans succès, il faut bien l'avouer. A cette époque en effet, il était de bon ton d'organiser des expéditions en Terre des Pharaons, d'en rapporter des trésors archéologiques que quelques collectionneurs privés ne se privèrent guère d'amasser, imitant en cela le roi Louis XIV lui-même, dont la bibliothèque comptait rien moins que 33 pièces égyptiennes - une statue en basalte, des scarabées, un sistre, ... -, selon un inventaire daté de 1684.Sur la base de multiples initiatives individuelles se constitua progressivement ainsi le fonds égyptologique français : un fonds archéologique unique au monde qui bientôt se doublerait d'un fonds intellectuel d'une exceptionnelle qualité, d'une formidable portée, au lendemain de l'Expédition d'Egypte, notamment - cette formidable épopée coloniale et scientifique à la fois, menée, au péril de leur vie, par les soldats bonapartistes et quelques 165 savants, artistes et archéologues, de 1798 à 1801. Parmi ces derniers figuraient le célèbre mathématicien et physicien Joseph Fourier, auquel Bonaparte confia, dès leur arrivée, le poste de secrétaire général de l'Institut d'Egypte au Caire et la direction de la publication du journal "Le Courrier de l'Egypte" ; le talentueux Dominique Vivant Denon, dont les multiples croquis de temples et bas reliefs firent l'admiration de toute une génération, amplifiant encore la vague égyptomaniaque qui déferlait alors sur la France toute entière. |