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le Centre d'Anthropologie de Toulouse


Le Centre d'Anthropologie de Toulouse, dont les terrains de recherches sont préférentiellement européens et méditerranéens, s'est donné pour objectif l'étude de l'homme dans sa dimension biologique et culturelle. Le laboratoire unit l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, le CNRS, l'Université Paul Sabatier (Toulouse III) et le Collège de France. L'equipe "Premières sociétés rurales", animée par Jean Guilaine et et Jean Vaquer, effectue des recherches sur la mise en place et le développement des communautés agricoles se substituant peu à peu aux ultimes cultures de chasseurs-cueilleurs. Le mécanisme est analysé principalement dans l'aire méditerranéenne, à partir de chantiers de fouilles implantés depuis le Proche-Orient (Israël, Chypre) et l'Egypte jusqu'à la Péninsule Ibérique. L'évolution ultérieure de ces premières communautés paysannes est étudiée dans la longue durée protohistorique : mise en place de sociétés complexes marquées par certains traits culturels (mégalithisme, tombes collectives), techniques (apparition successive des métallurgies du cuivre, du bronze et du fer), économiques (variations de l'occupation du sol, caractères de l'habitat, alimentations végétale et animale), sociaux (compétitions et renforcement des inégalités), symboliques (processus identitaires et idéologies). Le cadre chronologique étudié concerne donc, avec des variantes selon les régions concernées, les dix derniers millénaires avant notre ère.


Béatrix Midant-Reynes, Directrice de Recherches au CNRS, a suivi une double formation d'égyptologue et de préhistorienne. Elle s'est spécialisée en pré et protohistoire égyptienne et effectue des recherches sur les processus de néolithisation de la Vallée du Nil et les phénomènes d'accélération culturelle qui ont mené à la formation de l'Etat, au début du IIIème millénaire. Elle dirige, dans le cadre de l'IFAO, depuis 1989, la fouille du site prédynastique d'El Adaïma en Haute Egypte ; depuis 2002, la fouille du site de Kôm el-Khilgan dans le delta. Son ouvrage le plus récent s'intitule Aux origines de l'Egypte : du néolitique à l'émergence de l'Etat. Il décrit la lente évolution des populations installées le long du Nil depuis le Paléolithique, aux alentours de l'an 15000 avant notre ère, leur adaptation à un environnement particulier, leur sédentarisation, dans le courant du Vème millénaire, et les transformations qui, sous diverses formes, ont abouti à l'"Unification des Deux Terres" et aux premiers pharaons.
Préhistoire de l'Egypte

Ses recherches actuelles portent sur les Vème et IVème millénaires avant notre ère, intégrant les processus de néolithisation de la Vallée du Nil et le phénomène d'accélération culturelle qui a mené à la formation de l'Etat, au début du IIIème millénaire. Le point fort est constitué par la fouille du site d'El Adaïma, qui permet de renouveler les données concernant l'habitat prédynastique et les rituels funéraires. La protohistoire de l'Egypte, dont l'existence même ne fut mise en évidence qu'à la fin du siècle dernier par Sir Flinders Petrie, n'était jusqu'à présent connue que par ses nécropoles, qui caractérisent plus particulièrement la culture de Nagada, en Haute Egypte. La reprise des fouilles à El Adaïma, dans le cadre d'une équipe interdisciplinaire, permet d'apporter des éclairages nouveaux, indispensables à comprendre l'évolution de la Vallée du Nil dans la seconde moitié du IVème millénaire.

Localisé sur la rive ouest du Nil, à 8 kilomètres au sud d'Esna, le site d'El Adaïma comprend deux nécropoles et une vaste aire d'habitat, soit environ 40 hectares d'occupation prédynastique. Les investigations menées sur les ensembles funéraires ont permis de mettre en évidence deux nécropoles distinctes aux plans topographique, géomorphologique et chronologique : la "nécropole de l'ouest", située sur une colline sableuse qui culmine à 87 mètres, couvre les phases Nagada I final, Nagada II et Nagada III, soit la seconde moitié du IVème millénaire avant JC ; la "nécropole de l'est", qui prolonge la précédente, occupe une partie du lit d'un ouadi qui sépare la nécropole de l'ouest de la zone d'habitat ; elle est datée des 1ère et 2éme dynasties, soit des environs de l'an 3000 avant notre ère. La zone d'habitat se présente quant à elle comme une vaste étendue de matières organiques diluées dans le sable où foisonne le matériel archéologique (tessons, silex, fragments osseux).



Au sein des tombes ont été retrouvés de nombreux vases rouges à bords noirs, typiques de la culture nagadienne, et qui disparaîtront vers la fin du IVème millénaire ; des poteries peintes, à décor brun sur fond beige, présentant l'iconographie alors classique des bâteaux ; des palettes à fard, zoomorphiques puis géométriques ; enfin, des vases à anses ondulées.


La tenue du colloque international de Toulouse intitulé "L'Egypte pré- et proto-dynastique. Les origines de l'Etat" a été l'occasion de faire le point sur les récentes découvertes archéologiques et d'ouvrir la réflexion sur des domaines plus spécifiques liés à l'émergence de l'Etat en Egypte : les approches anthropologiques de la complexité sociale, les phénomènes d'acculturation, la spécialisation technique, l'idéologie, l'urbanisation, etc. En voici le compte rendu, paru au sein du quinzième numéro de la revue ArchéoNil.


Colloque sur les Origines de l'Egypte