La Grèce antique, berceau de l'atomisme moderne


Evolution de la théorie atomique (2/3)

Lucrèce, ce philosophe grec du premier siècle avant notre ère, n'écarta quant à lui aucune des deux hypothèses, considérant sans doute que celle du clinamen ne faisait que privilégier l'une des directions possibles du mouvement désordonné des atomes.

De ce mouvement, il donna une description très détaillée dans son poème Sur la nature des choses, d'autant plus intéressante qu'elle paraît très proche de notre conception actuelle du mouvement brownien : "Il convient d'observer avec plus d'attention ces corpuscules que l'on voit s'agiter en désordre dans les rayons du soleil : c'est que de tels mouvements désordonnés témoignent des mouvements sous-jacents de la matière, dissimulés et imperceptibles. Tu verras, en effet, nombre de ces corpuscules secoués par des chocs invisibles, changer de route, et repoussés, revenir en arrière, tantôt ici, tantôt là, partout, dans toutes les directions. Or, il est clair que ce va-et-vient a tout entier pour origine les atomes. Tout d'abord, en effet, les atomes se meuvent d'eux-mèmes, ensuite les plus petits des corps composés, et qui sont pour ainsi dire encore à la portée de la force des atomes, heurtés par les chocs invisibles de ces derniers, se mettent en mouvement ; puis eux-mèmes, à leur tour, ébranlent des corps un peu plus grands. C'est ainsi que, parti des atomes, le mouvement s'élève et parvient peu à peu à nos sens, en sorte qu'il se communique notamment à ces particules que nous pouvons distinguer dans un rayon de soleil, sans que nous deviennent manifestes les chocs qui se produisent."

Ainsi, aux dires de Lucrèce, toute réalité perçue par nos sens trouve son origine dans le mouvement des atomes et leurs multiples interactions... y compris nos sens eux-mèmes, à savoir l'odorat, le goût, la vue, ... La réalité des choses nous est transmise par le biais de simulacres - terme introduit par Démocrite quelques trois siècles auparavant -, ces entités de très petite taille qui possèdent toutes les caractéristiques de l'objet dont elles sont issues, parmi lesquelles la couleur, les véhiculent, et lorsqu'elles parviennent à notre nez, notre bouche, notre oeil,... nous renseignent sur les propriétés de l'objet en question : sa taille, sa forme,...

A la taille et à la forme des atomes, Epicure s'intéressa particulièrement. A ses yeux, les corpuscules de matière devaient ètre de taille très petite en effet afin de demeurer imperceptibles à l'oeil nu. De plus, selon leur forme, ils devaient ètre constitués de plusieurs parties, indissociables puisqu'inexistantes les unes sans les autres, existant au travers l'atome seul : "L'extrémité d'un atome étant un point délicat qui échappe aux sens, doit ètre dépourvue de parties ; c'est le plus petit corps de la nature ; il n'a jamais existé et n'existera jamais isolé, puisqu'il est lui-mème une partie d'un autre corps, la première et la dernière. Joint à d'autres parties de mème nature, il forme la masse de l'atome. Si donc les éléments de l'atome ne peuvent exister à part, il faut que leur union soit si intime qu'aucune force ne puisse les séparer". Comment ne pas penser là aux quarks, ces constituants ultimes de la matière baryonique, qui assurent la stabilité des neutrons et des protons du noyau atomique ?

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