La Grèce antique, berceau de l'atomisme moderne


Evolution de la théorie atomique (1/3)

Entre Démocrite et Epicure s'écoula un siècle tout entier, durant lequel s'épanouirent les philosophies de Platon et Aristote : des visions du monde qui, sans nul doute, influencèrent la pensée d'Epicure, et par voie de conséquence, conditionnèrent l'évolution de la théorie atomique. S'il adopta bien les principes de base de cette théorie avancée en leur temps par Leucippe et Démocrite, à savoir l'existence du vide et des atomes, l'infinité de l'espace et des mondes, leur constante évolution, Epicure introduisit quelques concepts nouveaux en effet. Des concepts qui, pour certains, enrichirent le postulat initial, pour d'autres, le modifièrent sensiblement.


Chronologie de quelques penseurs grecs


Ainsi avança-t-il l'idée que les atomes se distinguent les uns des autres, non seulement par leur taille et leur forme, mais également par leur pesanteur - cette force leur donnant l'impulsion nécessaire à se mouvoir dans le vide de l'espace. Souvenons-nous qu'aux yeux de Démocrite, les chocs que subissent les atomes - dépourvus de toute pesanteur - lorsqu'ils se rencontrent, sont seuls responsables de leur mouvement. Ce mouvement, Epicure l'envisage uniforme, c'est-à-dire à vitesse constante, quel que soit l'atome considéré - peu importe sa taille, sa forme et son poids, donc. Uniforme, en aucun cas rectiligne et unidirectionnel - dirigé vers le bas en l'occurrence. Un tel mouvement empècherait en effet les corpuscules élémentaires de s'entrechoquer, de s'agglutiner et, par voie de conséquence, de constituer les structures gravitationnelles peuplant notre univers visible. Aussi introduit-il la notion de déclinaison ou clinamen, cette petite déviation que subissent les atomes : une déviation de leur trajectoire naturelle, imposée par la gravitation.

Ainsi, comme le souligne Plutarque (vers 46-120), un événement aussi petit et insignifiant que la déclinaison minime d'un seul atome aurait permis la création des astres et des ètres vivants peuplant notre univers ! En l'absence du clinamen, en l'absence de ce mécanisme permettant les chocs entre atomes, aucune structure matérielle n'existerait aujourd'hui ! Que l'existence du monde, des objets et des ètres le peuplant, résulte d'un phénomène de si faible intensité parut bien invraisemblable à l'époque - et pourtant, la structuration de notre univers tout entier ne résulte-t-elle pas d'une fluctuation de densité initiale ? Quoi qu'il en soit, les penseurs grecs furent peu nombreux à adhérer à cette idée révolutionnaire. A leur sens, la théorie de Démocrite semblait bien plus apte à rendre compte de la structuration progressive de la matière que l'hypothèse du clinamen d'Epicure.

Page précédente

Page suivante