De l'atome au noyau


La philosophie quantique (3/3)

Ces joutes verbales entre partisans du déterminisme d'une part (Albert Einstein, Max Planck, Louis de Broglie, Erwin Schrödinger, ...), de l'indéterminisme d'autre part (Niels Bohr, Max Born, Wolfgang Pauli, Paul Adrien Maurice Dirac, Werner Heisenberg, ...), influèrent notablement sur le développement de la mécanique quantique, les uns et les autres succombant tour à tour au "charme" des arguments déployés par l'autre camp. Ainsi Paul Adrien Maurice Dirac, fervent défenseur de l'indéterminisme pourtant, se ralliera-t-il finalement à l'opinion de ses adversaires (1976) : "Je pense qu'il pourrait bien se trouver que, finalement, ce soit Einstein qui ait eu raison, car la forme actuelle de la mécanique quantique ne saurait ètre considérée comme définitive. Je pense qu'il est très vraisemblable que, dans l'avenir, nous pourrons obtenir une mécanique quantique améliorée, dans laquelle il y aura un retour au déterminisme". A l'inverse, Erwin Schrödinger déclara, peu après le Vème congrès Solvay : "Il n'est plus tellement évident que la répétition d'observations doive conduire à la limite, à la connaissance exacte de l'objet". De mème Louis de Broglie renonça-t-il un temps à ses convictions originelles pour mieux y revenir vers la fin de sa vie.

De scientifiques, ces formidables contributeurs de la science moderne s'étaient progressivement mus en philosophes de la nature, n'excluant pas mème l'idée d'un Dieu grand ordonnateur de l'univers. En témoigne cette phrase d'Albert Einstein : "Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l'harmonie de toute chose et non dans un Dieu qui s'occupe de tous les arts et du destin de chaque individu". Dans l'esprit de ce grand savant, "la science sans la religion est boîteuse, et la religion sans la science est aveugle". Cette idée de complémentarité entre la science et la religion fut magnifiquement résumée par Max Planck : "Tandis que religion et science de la nature requièrent toutes deux la croyance en Dieu dans leurs activités, pour la première Dieu est le point de départ, pour la dernière le but de tous les processus de pensée. Pour la première, il est la base, pour la dernière le couronnement de l'édifice que constitue toute vue généralisée du monde".

Preuve, s'il en était encore besoin, de l'intérèt que ces savants-philosophes portaient à l'idée d'un Dieu suprème, responsable de l'ordre cosmique : leur appartenance à l'Académie pontificale des Sciences - à compter de 1936 pour ce qui concerne Ernest Rutherford, Max Planck, Niels Bohr et Erwin Schrödinger ; à compter de 1955 pour ce qui concerne Louis de Broglie et Werner Heisenberg. En dépit de son profond athéisme, Paul Adrien Maurice Dirac sera tout de mème admis à y siéger à compter de 1961, soit peu après la mort de Pie XII, ce souverain pontife qui embrassait la presque totalité des vues d'Albert Einstein sur les questions liées au déterminisme, à la compréhensibilité et à la causalité.

Pie XII fut souverain pontife
de 1939 à 1958.

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