De l'atome au noyau


La philosophie quantique (1/3)

Plus qu'une évolution de pensée, le passage du déterminisme à l'indéterminisme scientifique requérait une véritable révolution de pensée. Une renonciation à nombre d'idées passées à laquelle certains des acteurs majeurs de la physique moderne n'étaient visiblement pas prèts. Tels Albert Einstein, Max Planck, Louis de Broglie ou bien encore Erwin Schrödinger, contributeurs pourtant, si ce n'est auteurs, des deux révolutions physiques majeures du XXème siècle : la révolution relativiste et la révolution quantique.





Portrait d'Albert Einstein (1879-1955)


"Einstein n'était pas prèt à accepter le caractère essentiellement statistique de la nouvelle théorie quantique", souligne Werner Heisenberg. "Bien entendu, il n'objectait pas contre le fait de faire des prédictions probabilistes là où l'on ne connaissait pas parfaitement tous les paramètres d'un système donné. Après tout, la mécanique statistique antérieure et la thermodynamique reposaient bien sur de telles prédictions. Mais ce qu'Einstein ne voulait pas admettre, c'est qu'il fût fondamentalement impossible de connaître tous les paramètres nécessaires à une détermination complète des processus. Dieu ne joue pas aux dés, dit-il souvent dans ces discussions". Aux yeux d'Albert Einstein en effet, la mécanique quantique n'en était qu'à ses balbutiements : son formalisme mathématique, la description du système subatomique considéré par la fonction Y notamment, se devait d'évoluer, afin de mieux rendre compte de ses états réels et de lever toute incertitude quant à la position, l'impulsion ou bien encore l'énergie de ses constituants à un instant donné. La notion de probabilité ne devait en aucun cas se substituer aux certitudes passées, encore moins questionner le déterminisme des lois de la physique, de ces lois de la nature qu'il n'avait de cesse de rechercher.

C'est qu'adhérer à ce tout nouveau système de pensée revenait, pour Albert Einstein, à abandonner les fondements mème de son travail scientifique, ce dont Werner Heisenberg comprenait toute la difficulté : "L'oeuvre de sa vie avait consisté à analyser ce monde objectif des phénomènes physiques qui se déroulent dans le temps et dans l'espace, indépendamment de nous, selon des lois fixes. Pour lui, les symboles mathématiques de la physique théorique devaient reproduire ce monde objectif et, par conséquent, rendre possibles des prédictions concernant son comportement futur. Et maintenant, on venait lui affirmer qu'au niveau des atomes un tel monde objectif, dans l'espace et le temps, n'existait pas ; et que les symboles mathématiques de la physique théorique ne pouvaient reproduire, à ce niveau, que le possible et non le réel. Einstein n'était pas prèt à ce qu'on lui enlevât le sol sous les pieds".

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