La Grèce antique, berceau de l'atomisme moderne


La vision pythagoricienne du monde

La longévité de cette théorie des quatre substances primordiales s'explique notamment par le soutien que lui apporteront Platon (vers 428-347 avant notre ère) et Aristote (384-322 avant notre ère), d'une part - elle constituera d'ailleurs le fondement de leurs philosophies de la nature -, Hippocrate (vers 460-377 avant notre ère) et Galien (vers 131-201) - les deux plus célèbres médecins de l'Antiquité - d'autre part. Enfin, Pline l'Ancien (vers 23-79) contribuera lui aussi à sa large diffusion, au travers son ouvrage intitulé Histoire naturelle.

Les pythagoriciens, quant à eux, avaient une vision bien différente du monde : une vision arithmétique, pourrait-on dire. A leurs yeux en effet, celui-ci était régi par les nombres. "Autrement dit, le nombre est l'arché, l'élément primordial, le principe dont découle l'univers" (Extrait de L'atome dans la pensée humaine, de Bernard Pullman). Le nombre est partout présent, dans les formes géométriques notamment, décomposables à l'infini, décomposables en une infinité de surfaces pour les volumes, en une infinité de lignes pour les surfaces, en une infinité de points pour les droites. Ainsi le volume (forme à trois dimensions) est-il né d'une superposition de surfaces (formes à deux dimensions) ; la surface, d'une superposition de droites (formes à une dimension) ; la droite enfin, d'une superposition de points (sans dimension). Plus généralement, toute forme géométrique de dimension n est décomposable en une infinité de formes de dimension (n - 1), elles-mèmes décomposables en une infinité de formes de dimension (n - 2), ... Elle est le résultat de cette triple superposition.


La sphère est décomposable en une infinité de surfaces ; le plan, en une infinité de droites ;
la droite, en une infinité de points.


Ainsi, aux dires de Philolaos de Tarente, ce pythagoricien qui vécut au Vème siècle avant notre ère, "le nombre est le lien tout-puissant (...) qui unit éternellement les objets du monde". Ces objets ont tous une forme géométrique particulière. Ainsi les figures à trois dimensions, auraient-elles donné naissance aux éléments sensibles que sont l'eau, l'air, la terre et le feu, entrant dans la composition de tout objet animé, de tout ètre vivant.

Au volume, les pythagoriciens associaient le chiffre 4 ; au plan, le chiffre 3 ; à la droite, le chiffre 2 ; au point enfin, le chiffre 1. Bien qu'elle n'ait aucune dimension, l'unité était donc perçue comme une réalité à part entière, comme une particule ayant épaisseur et consistance. Sans doute s'agissait-il là d'un premier pas vers une théorie corpusculaire, atomique donc, que Leucippe sera le premier à formuler, au Vème siècle avant notre ère.

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