| Il est des philosopes et savants du XIXème siècle qui, reconnaissant leur erreur, optèrent tardivement pour la théorie atomique grecque. Il en est d'autres, beaucoup plus rares cependant, qui effectuèrent le cheminement inverse. Tel le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804), fondateur de la philosophie critique à l'origine d'une véritable "révolution copernicienne" en ce domaine. Deux de ses nombreux ouvrages attestent de cette évolution de pensée, de ce revirement de position, pourrait-on dire : le premier s'intitule Histoire générale de la nature et théorie du ciel ; il fut publié en l'an 1755, lors de sa période "pré-critique", donc, qui s'étendit de 1749 à 1770. Lui succéda sa période "critique", que couronna la parution, en 1781, de sa très célèbre Critique de la raison pure.
Dans son premier ouvrage, Kant s'affirme partisan de la théorie atomique grecque : tout comme Leucippe et Démocrite avant lui, il admet la structure corpusculaire de la matière. A l'image d'Epicure, il voit dans la pesanteur, rebaptisée alors force d'attraction newtonienne, l'origine du mouvement des atomes, et dans le clinamen, l'origine de leurs chocs mutuels. Mieux encore, Kant accepte l'idée du vide - d'un vide dont l'extension augmenterait proportionnellement à la masse de l'univers créé. |