L'atomisme médiéval : de l'antagonisme au syncrétisme


L'antiatomisme de Berkeley

D'origine irlandaise, le philosophe et ecclésiastique Georges Berkeley (1685-1753), qui contribua par ailleurs au développement des universités américaines de Yale et Columbia, est généralement considéré comme le fondateur de l'école moderne de l'idéalisme ou immatérialisme. Dans ses deux ouvrages intitulés Traité sur les principes de la connaissance humaine (1710) et Dialogues entre Hylas et Philonous (1713), il soutient notamment que la matière ne peut exister indépendamment de l'esprit. Les choses sont ainsi réduites à des collections d'idées que nos sens percoivent et transmettent à notre esprit. Leur réalité dépend donc de la perception que nous en avons... ou pas. En résumé, seules les choses que nous percevons existent réellement, ce qui lui valut l'expression esse est percipi : "ètre, c'est ètre perçu".

Berkeley envisaga toutefois que les choses puissent avoir une existence hors de l'esprit humain et de ses perceptions : "tous les corps qui composent l'ordre puissant du monde, ne subsistent pas hors d'un esprit ; (...) ; par conséquent, aussi longtemps qu'ils ne sont pas effectivement perçus par moi, ou qu'ils n'existent pas dans mon esprit, ou dans celui de quelque autre intelligence créée, il faut qu'ils n'aient aucune existence, ou bien alors qu'ils subsistent dans l'esprit de quelque intelligence éternelle". Cette intelligence éternelle, seule capable de percevoir les choses dans leur intégralité, n'est autre que Dieu naturellement, cet esprit infini, omniprésent, siège de toutes les idées existantes également.

Mais revenons aux atomes, à ces corpuscules de matière auxquels Démocrite, Epicure et Lucrèce attribuaient des qualités premières ou "conventionnelles" (dimension, forme, mouvement, repos, impénétrabilité, indivisibilité, voire pesanteur) et des qualités secondaires ou "naturelles" (couleur, odeur, saveur, ...). Tout comme Aristote avant lui, et pour de semblables raisons - au nom du sacro-saint principe selon lequel toute chose perceptible par nos sens existe bel et bien - Berkeley se refusa à distinguer ces deux types de propriétés atomiques : les unes et les autres dépendent de la sensibilité objective du sujet qui les perçoit, pensait-il. Les qualités secondaires peuvent ètre perçues par nos sens ; elles existent donc dans notre esprit. Les qualités premières, quant à elles, sont des idées existant dans l'esprit seul ; à ce titre, elles ne peuvent exister dans "une substance non pensante, non percevante", autrement dit, dans cette substance inerte, dépourvue de sens, qu'est la matière. Raisonnement qui le conduisit à nier l'existence de la matière, et, par voie de conséquence, celle des atomes. Refusant par ailleurs l'existence du vide, il s'inscrivit logiquement dans la lignée de ces quelques antiatomistes convaincus et "irrécupérables" à la fois.

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