La Grèce antique, berceau de l'atomisme moderne


La pluralité des substances primordiales (1/2)

Cette idée de vide, de discontinuité de la matière, était parfaitement inconcevable pour les membres de l'Ecole Eléate, fondée, aux environs de 500 avant notre ère, par Xénophane de Colophon. Ce contemporain de Pythagore (vers 570-490 avant notre ère) fut le premier et l'un des rares présocratiques, avec Parménide d'Elée (vers 515-440 avant notre ère), à envisager l'existence de deux substances primordiales - celle de la terre et de l'eau, en l'occurrence, l'eau servant à fluidifier la terre afin de la rendre modelable. Modelable, en aucun cas modifiable. Car les Eléates niaient l'existence de tout changement, de tout mouvement donc, au sein de la matière. Ceux-ci n'étaient qu'illusions, réalités sensorielles, pensaient-ils ! A tort bien sûr, car comme le soulignera Aristote bien plus tard, la nature, si elle n'était faite de changements, de mouvements, n'existerait pas.

Quoiqu'il en soit, Xénophane et Parménide, en considérant l'existence de deux substances primordiales, ouvrirent un nouveau débat, auquel se joignirent leurs successeurs à la tète de l'Ecole Eléate, à savoir Zénon d'Elée et Mélissos de Samos. Tout en continuant de nier l'existence du vide et de refuser l'idée de changement, ils semblèrent attribuer la mème importance aux quatre substances fondamentales que sont l'air (le sec), l'eau (l'humide), la terre (le froid) et le feu (le chaud), toutes choses provenant dès lors d'un subtil mélange de ces quatre éléments. Plutôt que d'un simple mélange, toute substance existante serait en réalité le résultat d'une véritable combinaison de ces quatre racines, selon Empédocle d'Agrigente (vers 493-433 avant notre ère). Telle combinaison de substances primordiales produirait ainsi telle substance secondaire, unique de par la proportion de racines qu'elle renferme..

A la différence de ses prédécesseurs de l'Ecole Eléate, Empédocle envisage donc l'existence d'un changement dans la composition des choses - un changement dont la nature mème des substances primordiales serait à l'origine. A ses yeux en effet, toute racine est constituée de particules élémentaires homogènes, indivisibles et invariables, séparées par des pores - et non par le vide, dont il nie l'existence. La rencontre de deux racines s'effectuerait ainsi par pénétration des éléments de la première à l'intérieur des pores de la seconde, par imbrication, donc. D'où l'idée que les quatre substances primordiales que sont l'air, l'eau, la terre et le feu, puissent s'unir pour former un élément dérivé, ou bien encore se désunir pour exister à l'état pur. Ce concept de corpuscules élémentaires sera repris par Anaxagore de Clazomènes (vers 500-428 avant notre ère), et quelque peu modifié. Ce dernier considérait en effet qu' "en toute chose, il y a une parcelle de toute chose", suggérant par la-mème l'infinie pluralité des substances primordiales, ainsi que leur divisibilité à l'infini. Un chaos apparent, que seule une intelligence supérieure aurait pu ordonnancer.

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