L'atomisme médiéval : de l'antagonisme au syncrétisme


Descartes : un philosophe résolument antiatomiste (2/2)

L'étendue (avec la forme) et le mouvement sont les caractéristiques de toutes choses créées, les piliers sur lesquels repose toute l'architecture de l'univers cartésien, en quelque sorte - un univers au sein duquel l'homme occupe une position privilégiée, puisqu'il dispose de la faculté de penser. Aux dires de Descartes, "les choses spirituelles n'ont rien de commun avec les choses matérielles" en effet. Ce qui interdit d'appliquer les lois de l'étendue au domaine de l'esprit. Mieux encore, l'extension, soit la matière, et la pensée, soit l'esprit, constituent les deux substances dont découlent toutes les autres substances de l'univers créé - par analogie avec les substances primordiales des premiers philosophes grecs. En celà, l'opposition de Descartes à la vision unitaire du monde des atomistes grecs est profonde (Source L'atome dans l'histoire de la pensée humaine de Bernard Pullman).

Autre sérieux motif d'opposition : le vide. L'espace possédant une étendue, il ne peut ètre constitué que de matière. Une matière divisible à l'infini naturellement, puisqu'elle possède sa propre étendue. Ainsi, chaque partie de matière, aussi infime soit-elle, se caractériserait-elle par sa forme, son étendue, son mouvement - tourbillonnant, en l'occurrence - et sa divisibilité à l'infini. Entre ces parties résiderait, en outre, une matière subtile aux caractéristiques encore imprécises. Telle est, selon Descartes, la nature des choses que nos sens ne peuvent toujours percevoir, de part la petitesse de la taille de ces corpuscules de matière, mais que notre esprit peut aisément concevoir. Une opinion que le philosophe rationaliste et penseur religieux d'origine hollandaise, Baruch Spinoza, partagera.





Portrait de Baruch Spinoza (1632-1677)


Aux dires de Descartes, ce serait en effet limiter la toute puissance de Dieu que de postuler l'indivisibilité de la matière à l'échelle microscopique, soit l'indivisibilité des corpuscules de matière que sont les atomes de Démocrite. Argument de nature philosophico-religieuse auquel Henry More (1614-1687), ce cartésien qui pourtant tenta de concilier les vues platonicienne et démocritienne, opposa la réflexion suivante : ne serait-ce pas tout autant limiter la toute-puissance de Dieu que de le rendre incapable de mettre un terme à la divisibilité de la matière ? Outre sa croyance en l'existence d'atomes, de corpuscules de matière indivisibles donc, Henry More affirma son attachement à la notion de vide. Ce vide qui, selon lui, n'est autre que Dieu, substance spirituelle et étendue à la fois, donc. Ce mème vide qui permet aux atomes de Démocrite de se mouvoir dans l'espace immobile. Des atomes auxquels, à la différence de son illustre prédécesseur, il confère une dimension divine. Pour toutes ces raisons, Henry More sera ultérieurement qualifié de cartésien atomiste. De mème, le philosophe français Géraud de Cordemoy (1626 - 1684).

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