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Des atomes doués de conscience
Si les penseurs du XVIIème siècle étaient parvenus, non sans mal nous l'avons vu, à réconcilier science et croyance, atomisme et chrétienté, le synchrétisme n'était toutefois pas encore d'actualité. Une importante question demeurait en suspens en effet : celle de la spiritualité de la matière animée. L'homogénéité des corpuscules de matière posée en principe par les atomistes grecs était-elle réellement concevable ? La matière organique est-elle constituée d'atomes identiques à ceux qui font la matière minérale ? N'existe-t-il pas de force vitale à l'origine de la production de matière vivante ? Telles étaient les interrogations auxquelles étaient confrontés les savants et autres philosophes du Siècle des Lumières, à commencer par Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759).
Ce dernier, bien qu'il introduisit les théories physiques de Newton sur le sol français, demeura farouchement opposé à sa vision mécaniste de l'univers. "Jamais on n'expliquera la formation d'aucun corps organisé par les seules propriétés physiques de la matière", affirme-t-il dans son Système de la Nature. Maupertuis ne pouvait concevoir en effet qu'un ensemble de forces physiques purement matérielles, mème d'origine gravitationnelle, ait donné lieu à l'émergence de la vie, de la conscience. Il lui semblait plutôt que conscience et intelligibilité étaient enfouies au plus profond de la matière, préexistaient au sein de chaque atome, en quelque sorte, si bien que leur combinaison pouvait engendrer des ètres vivants, doués de ces qualités divines. |