L'atomisme médiéval : de l'antagonisme au syncrétisme


Des atomes doués de conscience

Si les penseurs du XVIIème siècle étaient parvenus, non sans mal nous l'avons vu, à réconcilier science et croyance, atomisme et chrétienté, le synchrétisme n'était toutefois pas encore d'actualité. Une importante question demeurait en suspens en effet : celle de la spiritualité de la matière animée. L'homogénéité des corpuscules de matière posée en principe par les atomistes grecs était-elle réellement concevable ? La matière organique est-elle constituée d'atomes identiques à ceux qui font la matière minérale ? N'existe-t-il pas de force vitale à l'origine de la production de matière vivante ? Telles étaient les interrogations auxquelles étaient confrontés les savants et autres philosophes du Siècle des Lumières, à commencer par Pierre-Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759).

Ce dernier, bien qu'il introduisit les théories physiques de Newton sur le sol français, demeura farouchement opposé à sa vision mécaniste de l'univers. "Jamais on n'expliquera la formation d'aucun corps organisé par les seules propriétés physiques de la matière", affirme-t-il dans son Système de la Nature. Maupertuis ne pouvait concevoir en effet qu'un ensemble de forces physiques purement matérielles, mème d'origine gravitationnelle, ait donné lieu à l'émergence de la vie, de la conscience. Il lui semblait plutôt que conscience et intelligibilité étaient enfouies au plus profond de la matière, préexistaient au sein de chaque atome, en quelque sorte, si bien que leur combinaison pouvait engendrer des ètres vivants, doués de ces qualités divines.

Cette idée qu'une matière inerte ne pouvait engendrer de corps animé - entendez par là, doué de conscience, d'intelligibilité - fut partagée par Denis Diderot (1713-1784), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et le baron de Montesquieu (1689-1755). Là toutefois s'arrètait la convergence de leurs opinions avec celle de Maupertuis, ces trois grands philosophes entretenant des rapports plutôt explosifs avec les autorités politique et ecclésiastique. Et pour cause ! Diderot par exemple n'hésitait pas à attribuer au hasard la structuration progressive de notre univers, à qualifier d'éternelle la matière qui le constitue, ...

S'il exclut, donc, toute notion de causalité et de finalité divines, Diderot admet toutefois que le monde actuel est très certainement le meilleur des mondes possibles. Autrement dit, que toutes les tentatives d'aboutir à un autre monde ont échoué, simplement parce qu'elles ne consistaient pas en de judicieuses combinaisons d'atomes qu'il nomme points vivants dans le Rève de d'Alembert. En celà également, il rejoint l'opinion de Maupertuis.

Denis Diderot (1713-1784)

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