L'atomisme médiéval : de l'antagonisme au syncrétisme


Les limites de l'expérimentation

A l'image de Richard Bentley dont il fut contemporain, le philosophe anglais John Locke (1632-1704) croyait en la suprématie de l'expérience sur la théorie. Dans son Essai sur l'entendement humain (1690), il minimise ainsi le rôle de la spéculation intuitive ou de la déduction, au profit de celui de l'expérience sensorielle dans le processus de connaissance. A ses yeux, l'observation et l'expérience sont de bien meilleures sources de connaissance en effet : elles permettent de former des idées que notre esprit s'empresse aussitôt de combiner entre elles... récusant par là-mème la notion d'idée innée chère à Descartes.





Portrait de John Locke (1632-1704)


Cette approche ô combien empiriste de la Nature l'empèchera d'adhérer totalement à la vision corpusculaire de la matière. Car si nos sens perçoivent la réalité macroscopique, nous permettent d'accéder aux caractéristiques physiques de telle ou telle substance, donc - sa couleur, son odeur, sa chaleur, ... -, ils sont incapables en revanche de nous renseigner sur les propriétés intrinsèques des corpuscules de matière - leur dimension, leur forme, leur mouvement. Ce que John Locke nomme propriétés primaires, par opposition aux propriétés secondaires, soient celles des substances que leurs associations engendrent. Etant dans l'incapacité sensorielle de percevoir la réalité vraie, les qualités primaires de la matière en l'occurrence, comment pourrions-nous prétendre en percer les secrets ? Au moyen de l'instrumentation, naturellement. John Locke, à l'image de nombre de ses contemporains, doutait toutefois de notre capacité à créer un jour des instruments tels le nanomètre, donnant une image parfaite de la réalité microscopique, nous permettant, par là-mème, de confirmer la nature corpusculaire de la matière.

S'il en est un qui, à l'époque, ne doutait guère de la discontinuité de la matière, ni mème de l'existence de forces de cohésion à l'échelle microscopique, c'est bien Richard Bentley (1661-1742). Ce chapelain de l'évèque de Worcester ne se contenta toutefois pas de soutenir les théories de ses prédécesseurs et de ses contemporains, au premier rang desquels figurait Isaac Newton. Il défendit également l'idée que le vide était omniprésent, que l'univers était sans doute davantage constitué de vide que de corpuscules de matière. Aussi la probabilité que les atomes s'entrechoquent et forment des conglomérats est-elle faible, très faible, voire mème inexistante. Et l'idée que le hasard de ces rencontres ait conduit à la structuration progressive du monde et en assure aujourd'hui la bonne marche semble inconcevable. En bon théologien qu'il était, il ne manqua naturellement pas de souligner ces quelques invraisemblances, ces quelques improbabilités pourrait-on dire, pour mieux affirmer encore l'existence d'une puissance créatrice, ordonnatrice et organisatrice.

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