L'atomisme médiéval : de l'antagonisme au syncrétisme


Emergence d'un atomisme chrétien sous la Renaissance

En Occident, il fallut attendre la Renaissance, soit le XVIIème siècle, pour voir resurgir les idées du passé, celles de l'Antiquité grecque en particulier. Aussi surprenant qu'il puisse paraître, cette résurgence fut essentiellement le fait de penseurs chrétiens, voire de théologiens, soucieux de concilier les vues de l'Eglise médiévale, les opinions des humanistes de l'époque et diverses théories scientifiques, la mécanique céleste et l'atomisme grec en particulier.

Pierre Gassendi (1592-1655), philosophe, professeur et chanoine de la cathédrale de Digne, contemporain de René Descartes (1596-1650), de Blaise Pascal (1623-1662) et Galileo Galilei (1564-1642), fut l'un des tous premiers à réaliser une telle synthèse entre ces trois courants de pensée. Sa célébrité lui vint en premier lieu de ses attaques répétées contre la physique d'Aristote, entièrement bâtie sur la négation du vide et le rejet des atomes. Or, en ce XVIIème siècle, les preuves de l'existence du vide commencent à s'accumuler : ainsi Evangélista Torricelli (1608-1647) et Blaise Pascal (1623-1662) effectuent-ils les premières mesures de la pression de l'air. Pierre Gassendi s'impose alors comme un fervent défenseur de l'existence du vide ... et des atomes. Adepte de la théorie épicurienne, il mettra tout en oeuvre pour réhabiliter la vie, la philosophie et l'oeuvre de son illustre prédécesseur, pour les rapprocher de la vision chrétienne du monde, également. A tel point que Karl Marx (1818-1883) lui reprochera plus tard d'avoir voulu "vètir d'un habit chrétien de nonne le corps joyeusement épanoui de la Laïs grecque".

Des atomes, Pierre Gassendi avait une conception très proche de celle d'Epicure : il les imaginait de très petite taille, de formes variables, impénétrables, insécables, indestructibes et soumis à leur propre poids - bien que leur mouvement naturel consista en un mouvement désordonné. En celà, il se rapprochait de la vision mécaniste de Démocrite. Il alla plus loin encore, considérant que les mouvements de ces corpuscules de matière étaient à l'origine des mouvements macroscopiques, réunifiant par la-mème physiques céleste et terrestre.

Leur association était par ailleurs source de couleur, d'odeur, de lumière, de sons, ... - autant de qualités perceptibles par nos sens. A ses yeux, le vide et les atomes constituaient les deux seuls vrais principes. De leurs multiples combinaisons, sous forme de molécules, étaient apparues les quatre substances primordiales, l'eau, l'air, la terre et le feu, puis les corps observables. A cette époque en effet, les tentatives de fusion des théories corpusculaire et substantialiste étaient relativement fréquentes ... sans doute pour mieux concilier approches mécaniste et chrétienne de l'univers. Dans cette optique, Pierre Gassendi abandonna d'ailleurs l'idée de l'infinitude du nombre d'atomes et du nombre de mondes. De mème rejeta-t-il la notion d'éternité : le monde (et les atomes) se devait d'avoir un commencement et une fin, dont Dieu seul décide de l'instant. Cette omniprésence divine dans les processus de création et de structuration de la matière exclut, enfin, toute notion de hasard, si chère aux atomistes grecs. Tel est le prix de l'acceptation de la théorie atomique par l'Eglise.

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