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Atomisme et Islam : une fusion bien surprenante
Quand bien mème, cet antique savoir se serait-il réellement perdu ? Pas si sûr... Il était au XIIème siècle un philosophe anglais du nom d'Adélard de Bath, spécialisé dans la traduction de textes scientifiques arabes. Ces mèmes Arabes qui s'approprièrent les théories atomiques grecques et les islamisèrent, pour reprendre l'expression de Bernard Pullman (L'atome dans l'histoire de la pensée humaine). C'est en réalité à un penseur juif de tendance aristotélicienne et fermement antiatomiste - comme la plupart des philosophes juifs de cette époque -, Moïse Maimonide (1135-1204), que nous devons la description la plus détaillée de la théorie atomique arabe. Cette doctrine porte l'appellation de Kalâm, et ses protagonistes, la dénomination de Motekallemîn.
Introduit vers la fin du VIIIème siècle à Basra et Bagdad, le Kalâm bénéficia d'une large diffusion dans le monde Arabe jusqu'au XIIème siècle environ, puis fut progressivement abandonné. Durant ces quelques quatre cents ans, il semble qu'il fut utilisé à des fins essentiellement religieuses. Aux dires de Maimonide, il aurait servi à justifier certains des fondements mèmes de l'Islam en effet - l'idée de création, d'indépendance et de souveraineté divine, en l'occurrence. Une totale souveraineté qui se serait exprimée au travers la volonté de prolonger ou non un fait, une action, un accident en quelque sorte.
L'accident (couleur, odeur, mouvement, repos, connaissance, ignorance, vie, mort, ...) est, au mème titre que son indivisibilité ou la petitesse de sa taille, une caractéristique propre à chacun des atomes constituant l'univers créé. Un univers constitué à la fois de vide et de matière. Un univers sur lequel Dieu règne en maître. C'est lui et lui seul en effet qui, aux yeux des Motekallemîn, décide de créer telle ou telle action (accident), de la prolonger dans le temps en répétant le mème accident autant de fois que nécessaire, ou bien encore de la stopper. Ainsi l'accident de la vie réside-t-il en chacun des atomes de l'ètre tant que Dieu le répète. En d'autres termes, un ètre demeure vivant par la seule et unique volonté de Dieu. Lorsque Dieu souhaite que la mort se substitue à la vie, il lui suffit de créer l'accident de la mort et de le renouveler à chaque instant afin que celle-ci perdure.
Plus généralement, le Kalâm suggère la création divine de l'univers à chaque instant, soit l'efficience divine. En postulant la discontinuité du temps, les relations de cause à effet entre deux événements successifs deviennent totalement caduques. Leur interconnexion, source de continuité et de permanence de l'Univers, résulterait, aux dires des Motekallemîn, d'une simple habitude divine. Cette notion d'habitude se substitue ici aux lois de la nature que les Grecs avaient commencé à expliquer, à formaliser, en élaborant diverses théories du mouvement. Autant de théories mécanistes censées fournir une explication rationnelle de chacun des événements naturels.
En octroyant à Dieu la souveraineté de chacune des actions mécanistes, les Motekallemîn sont tout simplement parvenus à réconcilier science et croyance... véritable prouesse pour l'époque !
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