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Atomisme et Christianisme : l'antagonisme médiéval
Durant les quinze premiers siècles de notre ère, rares, trop rares furent les penseurs occidentaux à soutenir la théorie atomique avancée en leur temps par Leucippe et Démocrite, puis reprise et développée par Epicure et Lucrèce... et pour cause ! Adhérer à ce courant de pensée revenait, pour l'essentiel, à s'attirer les foudres de l'Eglise, dont les principes constitutifs entraient en totale contradiction avec les fondements mèmes de l'atomisme grec. Comment en effet concilier la notion de hasard, si chère aux atomistes grecs, avec l'idée d'un Dieu créateur, architecte de l'Univers ? Comment concilier la notion d'éternité avec l'idée d'un commencement et d'une fin pour tout ce qui existe ? Comment admettre l'existence de mondes multiples sans supposer la reproduction, à l'infini, du pèché originel ? Comment admettre l'existence du vide sans remettre en cause l'omniprésence divine ?
Pour étendre son influence culturelle et asseoir son hégémonie spirituelle, l'Eglise se devait de contrer chacun des postulats de la théorie atomique. Ce à quoi de nombreux Chrétiens s'employèrent, à commencer par Saint Augustin (354-430) et Saint Thomas d'Aquin (1225-1274). Le temps des débats philosophiques, des échanges de vue théoriques, si caractéristiques de la Grèce antique, était révolu. Le mode de pensée unique avait désormais seul droit de cité. Et quiconque n'embrassait pas les vues de l'Eglise était frappé d'un châtiment exemplaire : la renonciation publique à ses idées - châtiment suprème s'il en est pour tout penseur, pour tout philosophe, pour tout chercheur. Le 25 Novembre 1347, Nicolas d'Autrecourt en fit l'amère expérience.
Jugée conforme à la pensée chrétienne, la théorie de Platon relative à la création et à la structuration progressive de l'Univers fit long feu en revanche. Celle d'Aristote également. Pourtant, ce dernier avait postulé l'existence d'un monde lunaire (céleste) et d'un monde sublunaire (terrestre) constitués d'éléments de natures différentes régis par des lois physiques distinctes. Aux yeux de l'Eglise, cet architecte suprème qu'est Dieu n'avait pu conférer de natures différentes à ses différentes parties - au Ciel et à la Terre qu'il créa, en l'occurrence. Sans doute s'agissait-il donc là du seul point de convergence avec les atomistes grecs.
Le refus d'adopter certains des postulats de la théorie aristostélicienne fut d'ailleurs bien souvent à l'origine de l'acceptation de la théorie atomique par divers philosophes chrétiens, tels Guillaume de Conches (1080-1154), Guillaume d'Occam (1285-1349) et Nicolas d'Autrecourt (1300-1350). D'autres théologiens, davantage soucieux d'intégrer la science antique au sein de leur encyclopédie du savoir, se contentèrent en revanche d'exposer les fondements de l'atomisme grec. Ainsi, l'évèque Isidore de Séville (560-636), l'archevèque de Mayance, Raban Maur (784-856), ou bien encore le dominicain Jean de Bauvais (1190-1264). De sorte que jamais le savoir antique ne se perdit dans les couloirs du temps.
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