L'atomisme indien


Bien que l'atomisme occidental puise ses racines dans l'atomisme grec, il serait dommage de ne pas aborder, l'espace de quelques pages tout au moins, l'atomisme indien : cette conception corpusculaire de la matière dont les adeptes de courants de pensée bien différents débattirent âprement, quelques deux millénaires durant.



Les adeptes d'un brahmanisme dérivé

La notion de substance primordiale, au nombre de quatre - terre, eau, air et feu -, fit très tôt son apparition dans l'histoire indienne : entre le XIVème et le VIIème siècle avant notre ère, période à laquelle furent rédigés les premiers textes sacrés brahmaniques. Le concept d'atomisme n'émergea toutefois qu'au VIème siècle avant notre ère, à cette époque à laquelle le brahmanisme originel se scinda en six grands courants de pensée philosophique : la Mimamsa, le Vedanta, le Nyaya, le Vaisésika, le Samkhya et le Yoga.

Les adeptes du Nyaya et du Vaisésika furent sans conteste les plus ardents défenseurs de la théorie atomique qui, très logiquement, se superposa à la théorie originelle des quatre substances primordiales. Ainsi, quatre types d'atomes firent-ils leur apparition : les atomes de terre, d'eau, d'air et de feu, auxquels furent associées des qualités générales (nombre, dimension), qui résident dans toute substance, et des qualités spécifiques (couleur, saveur, odeur et toucher), dont certains d'entre eux sont totalement pourvus, d'autres partiellement uniquement. Ainsi ces qualités permettent-elles de différencier les corpuscules de matière les uns des autres - des qualités que nos sens percoivent dès lors que ceux-ci s'associent pour former des conglomérats.

Dans le cadre de cette théorie atomique, seules les associations d'atomes possédant les mèmes qualités sont envisagées. Ainsi, deux atomes d'eau peuvent-ils s'agglutiner pour former une dyade, ou atome binaire. L'atome ternaire est quant à lui constitué de trois dyades. En résulte la formation d'une triade, ou sixième d'une particule visible dans un rayon de Soleil. L'association de trois triades, enfin, conduit à la formation de l'atome quaternaire. Ce sont là autant de paliers successifs nécessaires, donc, à la structuration progressive de la matière visible.

Le doute subsiste toutefois quant à l'origine de ces conglomérats d'atomes : une puissance supérieure serait-elle la cause de leurs mouvements individuels, donc de leurs rencontres et de leurs possibles associations ? Leur capacité à s'assembler selon certains critères serait-elle au contraire la manifestation de leurs propriétés intrinsèques ? Les textes anciens ne semblent malheureusement pas apporter de réponse définitive à cette interrogation.

Page précédente

Page suivante