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L'antiatomisme stoïcien
Aristote ne fut pas le seul penseur hellène à refuser l'existence du vide. Il en fut de mème pour les Stoïciens, dont les principes généraux de la physique furent principalement établis par Zénon de Cittium (332 - 262 avant notre ère) et Chrysippe de Soles (277 - 204 avant notre ère), au IIIème siècle avant notre ère. A leurs yeux en effet, la matière dont notre monde est constitué est continue, divisible à l'infini. Le vide, s'il existe, ne peut se situer qu'en périphérie de l'univers créé, de dimension finie. Il n'est, de plus, aucunement indispensable au mouvement des corps. Ces derniers peuvent parfaitement se déplacer dans un milieu plein, caractérisé par une certaine elasticité.
Leur opposition à la théorie atomique de Leucippe, Démocrite et Epicure, se trouva renforcée encore par leur vision prémonitoire des échanges de matière au sein de l'univers créé. Les Stoïciens ne se contentèrent pas en effet de supposer la simple agglomération des corps. Ils envisagèrent également leur possible imbrication, soit la disparition de substances primaires au profit d'éléments nouveaux aux propriétés nouvelles - ce qui constitue une première définition claire de la notion de molécule.
Tout comme Platon et Aristote avant eux, ils refusèrent, de plus, la notion de hasard. Ils ne pouvaient concevoir en effet que la constitution du monde, la structuration progressive de la matière, son ordonnancement, soit le fruit du mouvement aléatoire, désordonné donc, de minuscules particules de matière, les atomes en l'occurrence. En particulier, que le clinamen d'Epicure, cette déclinaison des atomes, cette déviation si infime de leur trajectoire rectiligne et uniforme imposée par leur propre pesanteur, ait pu conduire à la création des corps composés. Car une telle déviation est sans cause apparente. Or, les Stoïciens, tout comme Platon et Aristote avant eux, les néo-platoniciens après eux, ne pouvaient concevoir l'existence d'un monde sans finalité, et donc sans cause. Dans la constitution progressive de l'univers, ils voyaient l'oeuvre d'un ètre suprème, d'une force organisatrice : "Attribuer à la spontanéité et au hasard l'existence et la formation du monde sensible, c'est l'absurdité d'homme qui ne sait ni comprendre ni regarder", déclara Plotin de Lycopolis (205 - 270), le fondateur du mouvement néo-platonicien. Et plus loin d'ajouter : "Il n'y a pas de production sans cause".
Cette opposition d'idées entre atomistes et antiatomistes fut magnifiquement résumée par Crescenzo, dans son ouvrage intitulé Les grands philosophes de la Grèce antique : "Pour Platon (et Aristote, sans oublier les stoïciens et les néoplatoniciens), qui recherchent constamment la cause première et le but final, c'était comme si Démocrite leur avait raconté la trame d'une comédie en sautant la première et dernière scène."
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