La Grèce antique, berceau de l'atomisme moderne


L'atomisme géométrique de Platon (1/2)

Aussi sensée fut-elle, la théorie atomique de Leucippe et Démocrite ne reçut guère le soutien de Platon (vers 428-347 avant notre ère), ce célèbre philosophe grec dont le Timée constitue l'oeuvre maîtresse et dont le contenu marquera les esprits de nombreux penseurs, des siècles durant - y compris celui de Johannes Kepler (1571 - 1630), dont les lois du mouvement planétaire ouvriront une ère nouvelle - celle de l'astronomie moderne : une ère durant laquelle les fondements mèmes de la philosophie grecque seront progressivement balayés. Ainsi cette notion de perfection associée au cercle, à la trajectoire circulaire, disparut-elle avec la publication des ses lois.

Conscient, donc, des inexactitudes de la pensée antique, Kepler tentera toutefois de donner une explication de certains aspects de la matière, de la structure cristalline des flocons de neige en particulier, à partir de la théorie géométrique des atomes de Platon. Cette théorie, constituée d'un savant mélange d'idées empruntées pour l'essentiel à Empédocle (vers 493-433 avant notre ère) et Pythagore (vers 570-490 avant notre ère), fournit une explication originale de la structuration progressive de la matière.

Platon
(428-347 avant notre ère)

A l'instar de ses prédécesseurs de l'Ecole Eléate, Platon était persuadé du caractère primordial de l'air, de l'eau, de la terre et du feu : "Chacun des quatre éléments est entré tout entier dans la composition du monde, car son auteur l'a composé de tout le feu, de toute l'eau, de tout l'air et de toute la terre, sans laisser en dehors de lui aucune portion ni puissance d'aucun de ces éléments" (Extrait du Timée). L'auteur en question n'est autre que Dieu, auquel Platon attribue le rôle d'architecte de l'univers : un architecte dont le dessein est de construire le meilleur et le plus beau des mondes possibles, au travers le parfait agencement des éléments primordiaux qui le constituent.

A chacun de ces éléments, à Dieu également, Platon, dans la mouvance des Pythagoriciens, associe une forme géométrique donnée, plus exactement, un polyèdre régulier. Ainsi le feu est-il associé au tétraèdre (4 faces) ; la terre au cube (6 faces) ; l'air à l'octaèdre (8 faces) ; l'eau à l'isocaèdre (20 faces). Quant au cinquième polyèdre régulier, le dodécaèdre (12 faces), "Dieu s'en est servi pour achever le dessin de l'univers", pense-t-il. Au travers ces correspondances, Platon attribue donc une nature corpusculaire aux éléments primordiaux ; aux particules correspondantes, des formes bien définies, délimitées, en outre, par des surfaces décomposables en un nombre fini de triangles : le triangle rectangle isocèle et le triangle rectangle scalène. A la différence des atomistes, Platon limite donc le nombre de formes possibles pour les corpuscules élémentaires, sans pour autant préciser toutefois si leurs surfaces délimitent un corps constitué de vide ou de matière.

Page précédente

Page suivante