Les Années Polaires Internationales passées et actuelles


En route vers la première Année Polaire Internationale (2/2)

La diffusion, source d'expéditions littéraires

Mais le début des années 1880 est surtout marqué par l'ouverture de la culture. L'école républicaine devient gratuite en 1881 (première "loi Ferry") puis obligatoire en 1882 (seconde "loi Ferry") pour les filles et les garçons, puis laïque. Des éditeurs s'intéressent au livre de vulgarisation : ainsi Ernest Flammarion qui publie l'"Astronomie populaire" de Camille en 1880 ou Jules Hetzel, militant laïc et républicain, qui édite des ouvrages pour les enfants, le "Magasin d'éducation et de récréation", et crée une maison d'édition destinée à l'éducation encyclopédique et morale. La liberté des citoyens doit passer par une solide connaissance scientifique et historique. A son "Magasin", s'ajoutent ses célèbres livres d'étrennes ou de prix d'école, que l'on conserve précieusement toute sa vie. Ses auteurs comptent parmi les esprits les plus éminents, toutes disciplines confondues. Jules Verne, lui, propose "Cinq semaines en ballon", invente un genre à mi-chemin entre l'encyclopédie et le conte de fées, et écrira soixante deux "voyages extraordinaires" ...

En cette fin de siècle, entre les nombreuses tentatives pour atteindre en vain les pôles et les nombreuses découvertes du début du siècle suivant, les pôles restent mystérieux et impénétrables. Ils deviendront un élément central de sept des "Voyages extraordinaires" et sont mentionnés dans plus d'une dizaine d'autres.


Le Capitaine Hatteras à son arrivée au pôle nord (Extraits des "Voyages extraordinaires" de Jules Verne)


La lecture des voyages est un résumé de ce que l'on connaît des pôles avant la première année polaire. Ainsi, en 1866, le capitaine John Hatteras, en route vers le pôle Nord, traverse une large banquise avant de rencontrer une mer libre, calme, qui lui permettra de rejoindre l'île polaire en bateau et d'y devenir fou. Dans "Le Sphinx des glaces", lorsque Jeorling et le capitaine Len Guy partent à la recherche d'Arthur Gordon Pym, perdu au pôle Sud, ils empruntent le passage libre de glace trouvé par Weddell dans la mer éponyme, et traversent le continent. Le capitaine Nemo, dans "Vingt mille lieux sous les mers" avait aussi traversé l'Antarctique avec son sous-marin, le Nautilus. L'hypothèse d'une mer libre de glace au pôle Nord ou d'un passage à travers l'Antarctique est alors crédible.


La nécessité d'une première mission internationale

Dans ce contexte, où après Jean Louis Rodolphe Agassiz, Joseph Fourier, François Jean Dominique Arago ou John Tyndall, l'on prenait lentement conscience des mécanismes physiques qui régissent la Terre et son climat, la nécessité de mieux appréhender les pôles, derniers lieux non explorés, devenait pressante. Le lieutenant Karl Weyprecht, officier de marine autrichien et explorateur, avait participé à des missions polaires et plus qu'aucun autre, avait compris le rôle des pôles en climatologie. Homme de terrain, il sait aussi que les pôles sont difficiles et que seules des missions internationales peuvent permettre l'étude des pôles.

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