Un demi-siècle d'expéditions polaires
1882-1883 : le monde polaire est très peu connu. Depuis la découverte de l'Antarctique par Jules Sébastien César Dumont d'Urville en 1840, seuls quelques baleiniers ont croisé dans les eaux australes. Durant le petit âge glaciaire qui sévit dans le monde du début du XVIIème à la moitié du XIXeme siècle, l'océan Arctique a résisté à toute incursion. Il faut attendre 1854 pour que l'Irlandais Robert McClure trouve le passage du Nord-Est reliant l'Atlantique au Pacifique en longeant les côtes russes et 1879 pour que le Suédois Adolf Eric Nordenskjold trouve le passage du Nord-Ouest à travers les archipels Groenlandais et Canadiens. Il est vrai que les abords des pôles sont difficiles : la saison est brève, les glaces de mer mettent plus de six mois à se former et disparaissent en trois ou quatre mois, si bien que la période pendant laquelle il est possible de s'aventurer dans ces régions sans se faire emprisonner par les glaces est courte. La variabilité climatique est particulièrement forte aux pôles et nous ne pouvons guère nous fier aux récits des explorateurs. Ce n'est qu'au début du XXème siècle que les deux pôles seront atteints.
Neige, glace et glaciers
En revanche, le monde glaciaire commençait à entrer dans le monde temporel :
La Revue des deux mondes, créée en 1828, publie des articles soit de synthèse comme "Les recherches récentes sur les glaciers actuels et la période glaciaire", de Charles Martin en 1875, soit romancés mais néanmoins scientifiques comme "Le voyage du glacier", d'Eugène Rambert en 1867.
Les voyages scientifiques dans les Alpes sont de plus en plus nombreux. Dès 1860 le célèbre géographe Elisée Reclus, éminent membre de l‘Internationale Socialiste et de l'Association Nationale des Travailleurs, contribue à donner une nouvelle image des montagnes et des glaciers. Il rédige l'"Histoire d'une montagne" en 1880 dans laquelle il décrit la transformation de la neige en glace, la gaucherie du glacier dans les mouvements que lui impose la nature du sol, et fait le parallèle entre l'altitude et la latitude.
L'architecte Eugène Viollet-le-Duc, passionné de géologie, arpente lui aussi, crayon en main, les glaciers des Pyrénées et des Alpes, et publie en 1875 "Le Mont-Blanc", un livre pédagogique illustré de très nombreux croquis. En 1888, la Bibliothèque des Merveilles publie "Les Glaciers", recueil de plus de 300 pages développant toutes les étapes depuis le phénomène de refroidissement jusqu'à celui des glaciations passées.
Un an plus tard, paraissait l'ouvrage d'Albert Falsan, le correspondant du ministère de l'instruction publique pour la conservation des blocs erratiques sur la période glaciaire et ses vestiges en France et en Suisse.
|